Posted On mai 4, 2017 By In Non classifié(e) With 87 Views

A Blida, le vote “par devoir” ne convainc pas les jeunes Algériens

Alger, 4 mai 2017 (AFP)

A l’image de Si Sadou Yamina, 80 ans, de nombreuses personnes âgées ont voté jeudi pour les législatives à Blida, ancien fief des Frères musulmans en Algérie, où les urnes sont boudées par les plus jeunes.
“Je n’ai jamais manqué un vote, je ne vais pas commencer aujourd’hui”, lance d’une voix à peine audible Si Sadou Yamina, qui s’est présentée avant même l’ouverture du bureau de vote à 08H00 (07H00 GMT).
Frêle, arrivant à peine à marcher, la vieille dame a déposé son bulletin dans l’urne avant d’être victime d’un léger malaise. Après avoir vu un médecin, elle est rentrée chez elle, contente d’avoir “accompli son devoir”.
C’est pour les mêmes raisons que se sont déplacés Abdellah Abey, 90 ans, et Saïd, la soixantaine. “Voter est un droit mais aussi un devoir”, affirme le second qui arrondit sa maigre retraite en exerçant comme chauffeur de taxi.
Aux électeurs âgés des premières heures, devaient succéder “les jeunes femmes en fin de matinée alors que la majorité des électeurs arrivent après le déjeuner”, relève Fayçal Bounif, adjoint à la responsable du bureau de vote.
La participation est le principal enjeu des législatives de jeudi qui ne devrait pas bouleverser la situation politique. Les observateurs attendent qu’elles confirment la prééminence au Parlement du parti phare depuis l’indépendance, le Front de libération nationale (FLN) du président Abdelaziz Bouteflika, et de son allié du Rassemblement national démocratique (RND).
A Blida, à une cinquantaine de km d’Alger, le scrutin est au menu des discussions dans les cafés bondés des rues commerçantes. Mais certains rechignent à se déplacer jusqu’au bureau de vote, pourtant tout proche.
Cette indifférence est liée aux difficultés économiques, la précarité et la flambée des prix. Mais aussi aux scandales révélés par la presse concernant des candidats qui ont payé pour figurer sur les listes électorales, expliquent-ils.
“La corruption a gangréné la politique. Comment voter pour un candidat qui a payé pour être sélectionné par un parti?”, lance Ali, un commerçant de 40 ans.
Son ami Hocine, 35 ans, enchaîne en estimant que “ce Parlement de façade devrait être supprimé, étant donné que le gouvernement fait passer toutes ses lois, même les plus controversées”.
– ‘Rien à faire’ –
Capitale de la Mitidja, une vaste plaine entourant Alger, Blida est réputée pour son industrie agroalimentaire. Mais ses terres agricoles sont rognées par le béton des usines, des habitations individuelles et des cités dortoirs sorties de terre pour tenter de résorber la crise du logement.
Lors du dernier scrutin en 2012, les différents partis islamistes espéraient surfer sur les victoires de leur mouvance dans les pays du Printemps arabe. Mais ils ont enregistré leur plus mauvais score depuis le premier scrutin pluraliste de 1990.
Cette année, les formations islamistes ont fusionné ou passé des alliances dans le but d’accroître leurs chances.
L’optimisme régnait au quartier général à Blida du Mouvement de la société pour la paix (MSP) qui s’est allié au Front du changement (FC). “La campagne a été excellente, nous espérons décrocher quatre sièges”, affirme le responsable de la coalition dans la région.
Au total, 20 partis se disputent 13 sièges à Blida, où les islamistes n’en n’avaient obtenu aucun au dernier scrutin.
Interrogé sur les partis islamistes, Sid Ahmed, un commerçant de 25 ans, sort une pièce de monnaie et lance: “C’est cela qui les fait marcher. Ils se valent tous.”
Son ami Brahim, à peine plus âgé, abonde en se plaignant que “des associations islamiques demandent de fausses factures”. “Alors, rien à faire de ces législatives”, ajoute-t-il.
Non loin Mohamed, 65 ans, regrette qu’une telle attitude soit si répandue chez les jeunes. Il faut voter “pour élire des députés qui vont relayer les revendications et les luttes de la société”, justifie-t-il.

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