Posted On mai 10, 2018 By In SLIDER With 949 Views

Affaire Bolloré, témoignages discordants de Guinée

Depuis le 25 avril dernier, le financier Vincent Bolloré et certains dirigeants de son groupe ont été accusés de présumés pots-de-vin versés à de hauts responsables de la Guinée Conakry et du Togo. Les pots-de-vin – réclame l’accusation – payés par des contributions de communication fournies à bas prix pour avoir en échange la gestion des principaux hubs portuaires des deux pays. Soni Camara, ancien directeur général du port autonome de Conacry, interviewé par Denise Epotè de TV5Monde, intervient publiquement sur ce prétendu scandale qui a eu un impact important sur les marchés français, mais aussi en Italie et en Afrique, conscient des faits qu’il a rapportés ponctuellement au sujet de l’incident, en fournissant une reconstruction qui était quelque peu différente de celles qui ont émergé jusqu’à présent. Une reconstruction que Camara a également faite pour africanmedias.com

“En Guinée – a déclaré Camara – le premier terminal pour containers a été construit en 1992. Après 15 ans, nous avons demandé à des institutions financières internationales telles que la Banque européenne d’investissement, l’Agence française pour le développement et à l’Institut allemand pour la reconstruction KFW de financer l’extension de ce terminal pour containers. “Dans les années suivantes – a expliqué Camara – nous avons fait tout le travail préliminaire. Mais les trois institutions financières se sont retirées parce que les conditions générales du pays, selon eux ne leur permettaient pas de continuer “.

Bref, la Guinée avait fait sa partie pour relancer son port principal mais lors de la demande de financement pour l’extension des quais pour sa relance commerciale au niveau international, tous les interlocuteurs financiers se sont retirés effrayés par le soi-disant «risque pays» . Dans le même temps, d’autres ports comme Dakar et Abidjan reçevaient de l’aide et d’année en année érodaient de parts de marché à Conakry. D’où l’idée d’un appel d’offres public. En 2008 le gouvernement, pour tenter de donner un avenir au port, publie un avis de confier la gestion à une entreprise publique / privée.

Quinze entreprises se présentent et à la fin quatre sont sélectionnés, la société Bolloré en fait partie. Mais à remporter la course est une entreprise qui garantit des revenus de 15 millions, bien cinq de plus que celle de Bollorè qui s’élève à 10 millions. Ici Camara fait une reconstruction méticuleuse des événements que le port vit jusqu’au point que des années ont passé sans que les choses ne changent, avec les travaux interrompus, les problèmes liés à la mort du président de la Guinée de l’époque, Lansana Conté, et sans que le port ne fasse d’importants pas en avant arrive la difficile mais inexorable décision de rompre le contrat pour échec (“ils n’avaient pas mis une seule brique”) avec l’entreprise gagnante du premier appel d’offre et de proposer donc l’expansion et la gestion du port à Bolloré dans les mêmes conditions de paiement (15 millions) des vainqueurs précédents. Bolloré, qui était donc arrivé second à l’appel d’offre, accepte de signer avec un fardeau plus lourd que son offre initiale et les travaux commencent enfin. Nous sommes en 2011, les travaux sont réalisés à temps. Le port reprend les activités comme prévu.

“Tous les armateurs – rappelle Camara – avaient quitté le port. Avec la signature de la concession à Bolloré en moins de 3 ans, notre terminal a été construit dans les dimensions souhaitées et il a d’ailleurs été renforcé pour améliorer sa compétitivité “. Une reconstitution des faits, celle de Camara, tout à fait différente de celle qui semble avoir conduit la justice française à accuser de corruption le propriétaire de Vivendi et Havas et ses managers.

A la fin, Camara, qui faisait partie de la commission d’évaluation pour l’appel d’offre pour l’octroi du travail, révèle également une histoire inédite au sujet de Bolloré et de l’actuel président de la Guinée Alpha Condé. « J’ai souligné au Président Condé – rappelle Camara – que pour une erreur évidente dans le contrat de cession des travaux à Bolloré il y avait aussi la gestion effective du port. Le Président dit que c’était inacceptable et pris le téléphone lui-même pour appeler Bolloré et lui dire sans demi mots que si en 15 heures, le contrat n’avait pas été examiné à nouveau et la gestion du port n’avait pas été restituée à l’autorité portuaire, il aurait immédiatement annulé l’attribution. Bolloré fit ce qui lui était demandé “.

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