Posted On décembre 7, 2017 By In Non classifié(e) With 13 Views

Au Cameroun, une “oeuvre” éphémère française qui fâche

Douala, 7 déc 2017 (AFP)

Quand une “oeuvre d’art” qui se veut anticoloniale est vandalisée car vue comme néo-coloniale… Au Cameroun, l’installation d’une artiste française demandant pardon pour la colonisation a été mise à terre par des activistes contestant une initiative “occidentale”, au détriment de monuments à la mémoire des “héros camerounais”.
Organisée dans le cadre d’un festival d’art contemporain qui se tient en ce moment à Douala, une oeuvre de Sylvie Blocher a été officiellement inaugurée mercredi – avec la bénédiction des autorités locales – à un carrefour très animé de la capitale économique camerounaise, dans le quartier d’Akwa.
Il s’agissait d’une photo sur près de trois mètres de haut de l’artiste, une femme blanche sexagénaire, habillée sobrement d’un legging noir et chemise bleu, et portant à bout de bras au-dessus de sa tête une pancarte de carton avec inscrit en lettres majuscules et manuscrites: “BIEN QUE JE N’EN AIE PAS LE DROIT, JE VOUS PRESENTE MES EXCUSES”.
Moins de 24 heures après sa mise en place, la “sculpture éphémère” a été mise à terre par une poignée d’activistes, dans les pots d’échappements de la circulation et sous les applaudissements des badauds.
Sur les images d’une télévision locale, on voit notamment André Blaise Essama, connu localement pour ses actions “nationalistes” contre les monuments célébrant les personnalités françaises au Cameroun, s’en prendre à la photo de Mme Blocher: il tente de la renverser, est rejoint par plusieurs personnes et parvient finalement à la jeter sur la chaussée, où une moto-taxi s’empresse de rouler dessus.
Salué par la foule, le poing levé en signe de victoire, M. Essama et ses acolytes quittent ensuite les lieux sans encombre, à la tête d’une cohorte de moto-taxis, au milieu du brouhaha de la ville.
– La tête à Leclerc –
“J’ai réalisé cette sculpture pour m’adresser directement à vous, et plus généralement à l’Histoire passée et présente du Cameroun”, a expliqué Mme Blocher sur une affiche présentant son “happening”.
“Comme mon pays, la France, n’a jamais présenté d’excuse au peuple camerounais pour avoir commis des exactions et des crimes durant la colonisation, je vous présente, bien que je n’en ai pas le droit, des excuses”, selon l’artiste.
L’initiative a suscité d’immédiates réactions sur les réseaux sociaux, le plus souvent d’hostilité. “L’érection de la statue d’une artiste française à Douala fâche”, titrait ainsi jeudi matin le site d’informations en ligne cameroon-info.net.
Sur les lieux, “l’oeuvre” de Mme Blocher a laissé plutôt sceptiques badauds et passants, qui ont tous salué sa mise à bas par les activistes camerounais, a constaté un journaliste de l’AFP.
Dans la foule, les spectateurs déploraient qu’on érige oeuvres et monuments d’artistes occidentaux, alors que les “vrais héros” historiques camerounais restent dans l’oubli ou peu célébrés, selon leurs commentaires.
“On ne manque pas de gens en mémoire de qui on pourrait fabriquer un monument à cet endroit. Ils sont tellement nombreux”, protestait Alphonse, chauffeur.
“Nous les jeunes Camerounais nous voulons une identité, nous voulons nous référer à une idole. Cette femme-là peut apporter quoi à la jeunesse africaine, à la jeunesse camerounaise? Elle peut nous donner quoi? Ce monument, vraiment, nous disons non, non et non!”, pestait-il.
“Nous sommes dans un Cameroun où nous devons réhabiliter la mémoire de nos héros nationaux (…). Nous ne comprenons pas comment aujourd’hui, au coeur de la capitale économique, ce soit le monument d’une inconnue et surtout d’une Française”, renchérissait Ambroise, technicien agricole.
Sur ce même carrefour, il y a un an, l’activiste Essama avait tenté en vain d’ériger une statue de John Ngu Foncha (ancien vice-président du Cameroun fédéral).
M. Essama est connu au Cameroun pour avoir notamment décapité à plusieurs reprises la tête de la statue du général Leclerc, sur un monument à la mémoire du héros de la France libre, installé dans le quartier administratif de Douala. La statue est aujourd’hui protégée par une barrière de fer, érigée par la municipalité.
Mercredi, ce même activiste a tenté de s’opposer à l’inauguration de la photo de Mme Blocher, et a été brièvement interpellé par la police, pour revenir finalement jeudi matin mettre à bas l’installation.

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