Posted On février 27, 2017 By In Non classifié(e) With 61 Views

Au Mozambique, la célébrité contre son gré du “bébé de l’arbre”

Chibuto (Mozambique), 27 fév 2017 (AFP)

Elle n’est connue que comme “la fille née dans l’arbre”. Rosita Mabuiango est née il y a 17 ans, perchée sur une branche au-dessus des eaux en crue, pendant les plus meurtrières inondations de l’histoire récente du Mozambique.
A l’époque, sa photo drapée dans un linge sale juste après son sauvetage miraculeux en hélicoptère avec sa mère avait fait la Une des médias de la planète et contribué à mobiliser l’aide en faveur des dizaines de milliers de victimes de la catastrophe.
Aujourd’hui, la jeune femme née le 1er mars 2000 répugne à évoquer cette célébrité.
“Je suis normale”, confie-t-elle à la journaliste de l’AFP qui avait assisté en direct à son hélitreuillage depuis un aéronef des forces armées sud-africaines. “Je suis juste née d’une façon un peu originale”, sourit-elle timidement.
Rosita Mabuiango a vu le jour dans l’arbre où sa mère enceinte avait trouvé refuge avec 14 membres de sa famille pour échapper à la montée des eaux qui submergeaient le sud du Mozambique.
“Je crois que c’est Dieu qui a décidé de me faire naître comme ça”, raconte-t-elle timidement, assise dans le canapé crème du salon de sa marraine, dans un quartier de la capitale Maputo.
Après s’être cramponnée aux branches pendant trois jours, la maman, Carolina Chirindza, connue à l’époque sous le nom de Sofia Pedro, a ressenti les premières contractions. Sa belle-mère avait alors recueilli le bébé dans une “capulana”, un pagne, pour éviter qu’il ne tombe dans les eaux boueuses et infestées de crocodiles.
Les sauveteurs sud-africains sont arrivés en hélicoptère juste après l’expulsion du bébé.
– ‘Volonté de Dieu’ –
La miraculée est baptisée Rosita, comme sa belle-mère et sage-femme improvisée.
“Je n’étais pas préparée à ça. Mais c’est ce que Dieu a voulu”, explique Carolina Chirindza, la pieuse maman devant sa maison de Chibuto, à près de 300 kilomètres au nord-est de Maputo.
La naissance de sa fille et leur sauvetage relèvent “assurément du miracle”, reconnaît-elle aujourd’hui.
“Oui, ça a changé ma vie, parce qu’aujourd’hui j’ai un domicile et j’ai du travail”, poursuit-elle.
A bientôt 40 ans, elle vit dans une maison offerte à sa famille par la municipalité de Chibuto, qui l’a aussi embauchée comme aide-ménagère.
Un juste retour des choses, suggère-t-elle, tant son accouchement acrobatique a médiatisé la détresse des victimes des inondations – qui ont fait près de 800 morts – et a suscité un élan de générosité international qui s’est traduit en millions de dollars d’aides et de dons.
La mère avait même été reçue ensuite, avec sa fillette d’à peine quatre mois, au Congrès à Washington pour plaider la cause des réfugiés.
Dix-sept ans plus tard, Rosita est soulagée de ne plus être au centre de toutes les attentions. Seule une petite plaque vissée dans le tronc de l’acajou où elle est née, à une dizaine de kilomètres de Chibuto, vient rappeler aux curieux qu’il fut le décor d’une naissance extraordinaire.
– Etudes –
Cette célébrité et les nombreux dons qui l’ont accompagnée ont causé des frictions au sein de la famille.
Notamment avec le père de Rosita, Salvador Mabuiango, séparé de la mère après une sombre histoire de revente de terrain. Il avait aussi revendu une partie des meubles pour s’acheter de l’alcool. La justice l’a depuis privé de ses droits parentaux.
Loin de tout cela, la jeune femme veut désormais se concentrer sur ses études. Elle souhaite être ingénieure en pétrochimie, un choix probablement judicieux après la récente découverte d’importantes réserves de gaz off-shore le long des côtes du Mozambique.
Quand elle ne repasse pas ses leçons, Rosita Mabuiango joue au football dans l’équipe de son école catholique. Une passion qu’elle dit tenir de son frère Benedito, qui a passé quatre jours dans l’arbre où elle est née, attaché au dos de sa mère.
Pendant l’année scolaire, Rosita vit à Maputo chez sa marraine.
Celle-ci, Ruth Valera, s’est fait une réputation en tant que mannequin puis styliste de mode, mais cette femme de 49 ans ne fait en réalité pas partie de la famille de Rosita: c’est un ministre qui lui a demandé de prendre la “fille de l’arbre” sous sa protection, trois semaines après sa naissance.
“C’était étonnant, je ne savais même pas si c’était un garçon ou une fille”, se remémore aujourd’hui Mme Valera. “C’était un choix de Dieu, sûrement”.
L’improbable marraine a pris son rôle très au sérieux et surveille depuis pas à pas l’éducation et la vie de sa filleule. “Lorsqu’il faut la sermonner ou lui dire de passer moins de temps sur son téléphone portable”, assure-t-elle, “je le fais”.

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