Posted On février 27, 2017 By In Non classifié(e) With 48 Views

Cameroun: les “groupes d’auto-défense” face à Boko Haram

Kolofata (Cameroun), 27 fév 2017 (AFP)

Armes de fabrication artisanale à l’épaule, deux civils surveillent une des entrées de Kolofata, ville tout au nord du Cameroun près du Nigeria dans la ligne de mire de Boko Haram.
Face aux attentats du groupe jihadiste nigérian, à l’origine de plus de 1.500 morts au Cameroun, ces civils ont constitué des groupes d’auto-défense qui se battent bénévolement au péril de leurs vies.
A Kolofata, cinq check-points assurent ainsi nuit et jour la surveillance du centre et des quatre entrées.
Armés de fusils artisanaux et de machette, quatre hommes sur un des barrages les plus sensibles de la ville filtrent les entrées en provenance de Kerawa, localité frontalière située à une vingtaine de kilomètres.
En juillet 2014, une colonne de plus de 100 Boko Haram était partie de Kerawa pour attaquer Kolofata, enlevant l’épouse d’un vice-Premier ministre camerounais, Amadou Ali, et seize autres personnes, dont un notable.
Le redoutable chef de la secte, Abubakar Shekau, très mobile depuis des mois du fait de la pression des armées régionales, a été signalé à maintes reprises du côté nigérian le long de la ligne frontalière près de Kerawa.
“Nous fouillons tous ceux qui arrivent de Kerawa”, explique le chef de l’équipe du poste de contrôle numéro un, Kassala Mahamat. “Si nous sommes en face d’un kamikaze qui veut avancer, nous tirons sur lui”.
“Nous demandons généralement aux gens de s’arrêter à 50 mètres et de soulever leurs vêtements afin que nous vérifions s’ils ne portent pas d’explosifs”, assure-t-il.
Les groupes d’auto-défense ont permis de déjouer plusieurs attentats-suicides ou d’aténuer les dégâts humains d’autres attaques. Rien qu’à Kolofata, les civils ont neutralisé “onze kamikazes”, selon Kassala Mahamat.
Les groupes d’auto-défense partagent leurs renseignements avec l’armée et traque parfois les jihadistes jusqu’en territoire nigérian.
– Sales dessous –
“Il y a moins d’un mois, nous avons tué le chef local de Boko Haram à Kerawa”, avance Ali Dourtou, responsable du comité de vigilance de cette ville. “Nous l’avons enterré après la reconnaissance du corps par le BIR”, le bataillon d’intervention rapide de l’armée camerounaise, en première ligne dans la lutte contre Boko Haram.
Mais le travail est risqué pour ces hommes qui n’ont pas suivi, pour la plupart, de formation spéciale. Dans la nuit du 24 au 25 février, un de ses hommes a été ainsi mortellement atteint lors d’un échange de coup de feu avec des Boko Haram dans la localité de Kouyape.
“Nous sommes fatigués de ce travail”, s’agace Diou Lawan, chef du groupe d’auto-défense d’Assighassia. Fin 2014, quasiment toute la population de cette ville frontalière avait fui à la suite d’une sanglante incursion de Boko Haram au cours de laquelle neuf militaires camerounais avaient été tués.
Depuis, soldats et membres du comité local de vigilance tentent de sécuriser la ville afin de favoriser le retour des déplacés.
“Nous sommes 69 personnes réparties en plusieurs équipes. Avec nos flèches, des machettes et des armes artisanales, nous faisons des patrouilles quartier après quartier”, affirme Diou Lawan.
“Nous risquons nos vies tous les jours notamment sur des routes minées, mais nous ne recevons rien”, à part quelques dons occasionnels, se plaint-il.
Régulièrement, les autorités, y compris le président Paul Biya, saluent pourtant l’action de ces groupes, dont certains ont reçu des motos pour se déplacer.
“Les CV (comités de vigilances) combattent plus que les militaires”, estime un responsable administratif de la région. “Les militaires les utilisent comme des boucliers, mais ils mettent à leur actif les résultats obtenus par les CV”.
“Quand on dit qu’on les appuie c’est de la moquerie”, souligne-t-il, rapportant par exemple qu’une prime de “800 FCFA” a été récemment remise à chacun des membres du comité de vigilance de Kolofata – soit 1,20 euro par personne.
Pour s’en sortir, certains hommes des groupes d’auto-défense rançonnent les populations. “Ils ne sont pas les plus à blâmer”, affirme sous couvert d’anonymat un officier de police de la région. “Depuis au moins deux ans, certains militaires pillent des maisons et des commerces dans les localités frontalières abandonnées par les populations”, assure-t-il.
Selon lui, trois militaires camerounais ont d’ailleurs été tués en février après être tombés dans une embuscade des islamistes alors qu’ils allaient vendre du matériel volé. “Les dessous de la guerre contre Boko Haram sont très sales”.

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