Posted On avril 4, 2018 By In SLIDER With 616 Views

Érythrée relancée grâce à l’Unesco. En Éthiopie un nouveau PM

La culture et la beauté sont un vecteur de paix et de prospérité.Voici le nouvel air qui se respire en Érythrée après la décision de l’Unesco de proclamer Asmara patrimoine mondial. En réalité les changements que pourraient apporter un meilleur équilibre dans cette partie de la corne de l’Afrique sont doubles.

À la décision de l’Unesco s’ajoute une phase d’instabilité et de tension interne en Éthiopie, ennemi historique de l’Érythrée. Addis Abeba, depuis le 15 février dernier, jour de la démission du premier ministre Hailé Mariàm Desalegn, se trouvait sans gouvernement. Ce vide politique et administratif aux origines lointaines a pris fin hier avec la nomination d’Abiye Ahmed, jeune représentant de 42 ans de la majorité ethnique des Oromos. Cette nomination est significative car les Oromos succèdent aux Tigréens la minorité qui détient depuis des décennies le pouvoir en Éthiopie grâce au contrôle sur les forces armées et sur l’économie. Depuis quelques temps cependant les Tigréens ne semblaient plus être capables de se maintenir, la preuve en est d’un côté le passage historique du pouvoir aux Oromos et de l’autre l’explosion de la violence en signe de protestation qui avait contraint l’ex-président Desalegn à instaurer l’état d’urgence puis à démissionner.

Et que quelque chose peut vraiment changer en Ethiopie, après la nomination d’Abiye Ahmed en tant que Premier ministre, a également été compris grace aux mots de Neamin Zeleke. Le chef des affaires internationales de Ginbot 7, le groupe qui en Ethiopie se bat tant sur le front institutionnel que sur le front de la guérilla pour avoir plus de démocratie, a déclaré dans un entretien avec la BBC que son groupe était prêt à une trêve comme geste de confiance envers Abiye et son engagement vers un changement de règles dans le pays et la fin de la tyrannie tigrine qui depuis des décennies domine Addis-Abeba. “Nous sommes partout dans le pays – a déclaré Zeleke – et nous pouvons agir à la fois avec des instruments non violents que avec des guérilleros, par exemple dans le nord du pays. Mais nous donnerons au nouveau premier ministre le temps de faire ce qu’il a promis, c’est-à-dire d’entamer un vrai dialogue avec tous les groupes qui composent notre pays”.

 

Ces changements d’équilibre à Addis Abeba, même s’ils ne touchent pas à l’essentiel, étant donné que les Tigréens contrôlent tout de même les centres du pouvoir Éthiopien, ont un grand impact sur le conflit entre l’Éthiopie et l’Érythrée. En effet les Oromos manifestent depuis longtemps des prédispositions pour une paix durable avec l’Érythrée. Une paix qui avec la réouverture des canaux commerciaux vers la mer redonnerait une impulsion à l’économie éthiopienne aujourd’hui très précaire et largement soutenue par des subventions Américaines et Européennes. « Depuis des années nous sommes victimes d’une campagne de dénigrement, faite de mensonges construits afin de nous affaiblir à travers les sanctions- a dit lors d’une interview exclusive le ministre de l’information Yemane Gebrai Meskel– Contre nous, il n’y a pas une seule preuve documentée, pourtant nous subissons encore les sanctions. À l’inverse l’Éthiopie ne respecte ni les frontières ni les accords de paix mais personne ne dit ni ne fait rien ». Sur la même longueur d’onde, l’entrepreneur de Bergame, Pietro Zambaiti, qui travaille en Érythrée depuis des années et emploie dans le secteur du textile près de 1000 personnes dit « L’Érythrée est, depuis longtemps, au coeur d’une campagne de diffamation. Beaucoup de fakenews se succèdent jour après jour sur le compte de ce pays. La réalité est tout autre: ici nonobstant les difficultés hérités des sanctions on y travaille bien ».

C’est dans ce contexte que s’insère l’Unesco, en proclamant la capitale de l’Érythrée patrimoine mondiale de l’humanité il permet de présupposer l’écriture d’une nouvelle page d’histoire dans ce conflit territorial. Nous avons visité Asmara en long en large et en travers, allant là où nous voulions, nous arrêtant dans des ministères, visitant les lieux de cultes catholiques, juifs et musulmans, bars, propriétés privées, places et lieux d’art sans n’avoir jamais d’obstacle.

Tout cela pour dire qu’il est vrai que nous sommes dans un pays où il n’y a pas d’élection ni de pluripartisme et où la démocratie, après la révolution, a été suspendue à cause de la menace permanente que représente la frontière Éthiopienne.
Ceci étant dit l’Érythrée n’est pas l’État canaille dépeint par la propagande ennemie. Il suffit de se promener dans les rues au charme inégalable, visiter, comme nous avons fait les hôpitaux, les chantiers pour les bâtiments populaires qui d’ici deux ans livreront près de 50 000 habitations aux émigrés de retour; mais par dessus tout il suffit de parler avec

les habitants pour comprendre que le cas Érythréens est largement issus de la propagande éthiopienne ainsi que de ses alliés.

Le manque d’alternance démocratique ainsi que l’imposition du service militaire qui a fait crier au scandale sont dûs au statut de guerre ainsi qu’aux sanctions arbitraires imposées par les Nations Unies contre toute logique. Ainsi il n’y a pas de doute que la présidence Isaias Afewerki d’une certaine manière ait apporté des résultats positifs pour le pays (on n’y meurt plus de faim, l’école, l’université et la santé sont gratuites pour tous, l’eau et

l’ électricité sont garanties, le sida écrasé et de nombreuses infrastructures sont créés ou rénovées) et d’un autre côté il a assuré une stabilité au pays et a endigué la montée d’un islamisme radical.

Ces circonstances devraient permettre à l’Érythrée d’être regardée comme un pays capable de participer à la stabilité de la Corne Africaine. Dans ce scénario, la nomination à l’Unesco d’Asmara au patrimoine mondial de l’humanité apporte une nouvelle contribution et relance les perspectives de renaissance du pays. « Asmara — nous dit Medhanie Teklemariam, coordinateur de Asmara Heritage Project – a un patrimoine culturel sans comparaison dans le reste de l’Afrique. Un patrimoine créé en grande partie par des architectes italiens que, durant toutes ces années, nous avons su préserver laissant intact le plan urbanistique original. Maintenant l’Unesco certifie et valorise l’importance de cet extraordinaire héritage et ainsi engage l’Érythrée dans une nouvelle phase. »

Voici donc pourquoi la culture et la beauté représentent le meilleur espoir de paix pour le territoire entier.