Posted On mars 28, 2018 By In Éthiopie, PAYS, Photo galerie, SLIDER, VIDÈO&PHOTO With 37 Views

Ethiopie: Abiy Ahmed porteur d’un espoir de stabilité et de réformes

Addis Abeba (AFP)


Représentant de la principale ethnie d’Ethiopie, les Oromo, qui se sont longtemps considérés comme marginalisés, le prochain Premier ministre Abiy Ahmed va devoir satisfaire d’innombrables attentes et rétablir le lien de confiance entre le peuple et son gouvernement.
La tâche qui attend ce jeune dirigeant de 42 ans est à la démesure du deuxième pays le plus peuplé d’Afrique.
Il sera chargé de rétablir la stabilité dans un pays miné par les tensions, de réconcilier les plus de 80 ethnies éthiopiennes et de mettre en œuvre des réformes démocratiques.
M. Abiy a été choisi mardi par le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), la coalition au pouvoir, pour devenir son leader et donc occuper la fonction de Premier ministre. Ce choix doit encore être confirmé par le Parlement, où l’EPRDF contrôle tous les sièges.
Il deviendrait le premier Premier ministre oromo depuis l’arrivée au pouvoir de l’EPRDF en 1991, succédant ainsi à Hailemariam Desalegn, qui avait démissionné en février, sous la pression des manifestations antigouvernementales initiées fin 2015 par les Oromo.
Au sein de son ethnie, on voit son émergence comme un signe d’espoir. “Je serai content si (M. Abiy) répond aux (demandes des) Oromo”, explique à l’AFP une personne qui avait participé en 2016 à d’importantes manifestations dans la ville d’Ambo (ouest).
Mais s’il ne le fait pas, “les Oromo ne cesseront jamais de lutter”, prévient celle-ci. Les Oromo avaient lancé le mouvement de protestation dans leur région (sud et ouest) pour dénoncer un projet d’expansion de la capitale Addis Abeba.
– ‘Calmer le pays’ –
Leurs revendications, notamment l’appel à une meilleure répartition des retombées économiques et à une ouverture démocratique, avaient essaimé courant 2016 dans d’autres régions, dont celle des Amhara (nord), la deuxième ethnie du pays.
Les Oromo et Amhara, qui représentent 60% de la population, exprimaient aussi leur frustration face à ce qu’ils perçoivent comme l’influence exagérée de la minorité des Tigréens au sein de l’EPRDF.
La répression menée par le gouvernement avait débouché sur des milliers d’arrestations et au moins 940 morts, avivant encore le ressentiment d’une grande partie de la jeunesse éthiopienne à l’égard d’un régime perçu comme trop autoritaire.
La priorité de M. Abiy “devrait être de calmer le pays, et ensuite de répondre aux interrogations de la jeunesse, parce que les jeunes sont ceux qui peuvent aider ce pays”, fait valoir Hana Dabele, un informaticien rencontré à Addis Abeba.
Mais pour les analystes, cet ancien ministre des Sciences et de la Technologie, né d’un père musulman oromo et d’une mère chrétienne amhara, ne pourra pas stabiliser l’Éthiopie s’il ne parvient pas à modifier les tendances autocratiques profondément enracinées de l’EPRDF.
Il sera très vite attendu sur la question de l’état d’urgence, décrété au lendemain de la démission de M. Hailemariam. “La levée de l’état d’urgence est, je pense, la première ou la plus importante étape. Sans ça, il ne peut pas y avoir d’agenda pour des réformes”, fait valoir Awol Allo, un commentateur politique éthiopien basé en Grande-Bretagne.
– ‘Agenda réformateur’ –
M. Abiy devra aussi décider du sort des opposants arrêtés dimanche, parmi lesquels le journaliste Eskinder Nega et l’homme politique Andualem Arage, qui avaient été libérés en mars après plus de six années de prison.
Il avait été nommé il y a quelques semaines seulement à la tête de l’Organisation démocratique du Peuple oromo (OPDO), un parti longtemps considéré comme la marionnette des Tigréens, mais qu’il a contribué à rapprocher des manifestants et à crédibiliser.
Awol Allol s’attend à ce qu’il tente de poursuivre dans cette veine réformatrice en tant que Premier ministre. “Quand vous voyez les changements qui ont eu lieu au sein de l’OPDO, il y a toutes les raisons de penser qu’il (…) poussera l’agenda réformateur de son parti”, dit-il.
Si elle est un peu la victoire des manifestants, la nomination de M. Abiy traduit surtout, selon un diplomate ayant requis l’anonymat, la reconnaissance du poids économique des Oromo, essentiel pour un pays ambitionnant d’accéder au statut de pays à revenu intermédiaire d’ici 2025.
M. Aby a été élu par les 180 membres du Conseil de l’EPRDF lors d’un processus très secret. L’analyste politique éthiopien Hallelujah Lulie relève ainsi qu’on ignore quelles promesses il a dû faire aux autres membres de la coalition.
L’EPRDF est composé de quatre partis constitués sur une base régionale et ethnique. Et, observe-t-il, “on ne sait pas sur quels termes” M. Abiy, qui a d’abord fait carrière au sein des services de sécurité, arrive à ce poste.

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