Posted On novembre 2, 2019 By In SLIDER With 923 Views

Guinée: Alpha Condé, “je rêve d’une opposition constructive”

Par James Crowe

Conakry – Le retour à la patrie après un séjour à Moscou et à Paris a été une fête populaire au cours de laquelle le peuple guinéen a voulu exprimer son soutien et son incitation à avancer vers ce que tout le monde considère comme le père de la patrie. Un accueil retentissant qui vaut plus que mille discours et qui atteste du consentement, de l’estime et de l’amour dont jouit le Président de la République Alpha Condé. Dans cet entretien exclusif, nous avons demandé à l’ancien professeur de la Sorbonne de faire le point sur la situation

De retour à Conakry, vous avez eu un accueil extraordinaire. Quel effet cela fait-il? Qu’avez vous ressenti? 

J’ai vu effectivement beaucoup de Guinéens et de Guinéennes sur le parcours. Cela montre plusieurs choses. La première c’est que je ne suis pas si isolé qu’on le dit! N’en déplaise à certains « observateurs » qui regardent par le petit bout de la lorgnette depuis leur tour d’ivoire et qui prennent pour argent comptant certaines déclarations de leaders sans idée ne pensant qu’à manipuler certains éléments. Depuis quelques jours, je crois, on s’aperçoit d’ailleurs que certaines photos des manifestations de la mi-octobre étaient soit truquées soit provenant d’autres pays. Mais passons.

Plus sérieusement, cela montre surtout que le Peuple de Guinée s’intéresse aux débats, qu’il veut aller de l’avant. Car, derrière les slogans que j’ai pu entendre, derrière les pancartes que j’ai pu lire, qu’y a-t-il ? Une formidable confiance en l’avenir. Une volonté de devenir un pays fort et fier. Fort de son potentiel et de ses capacités, fier de tous ses fils et de toutes ses filles sans distinction.

Dans les yeux de ceux qui m’attendaient que pouvait-on voir ? J’ai vu des sourires, cela ne fait pas de mal, mais surtout de l’envie que j’ai ressentie, cette envie d’avancer, de ne pas retomber dans des querelles stériles. La Guinée, toute la Guinée, les Guinéens, tous les Guinéens, voilà ce que me disaient ceux qui étaient là et bien d’autres.

La constitution fait peur à l’opposition, quel est le problème ? 

 Certains leaders de l’opposition, qui ont été à la Primature sous Lansana Conté – cela fait tout de même un bail – et qui ont mis le pays à terre, critiquent. C’est leur droit de critiquer. L’opposition est là pour s’opposer et c’est heureux. Mais que disent-ils ? Que proposent-ils ? Rien. Rien de nouveau, certains recyclent leurs mots d’ordre de la présidentielle de 2015, d’autres s’opposent sans trop savoir pourquoi au nom d’intérêts égoïstes. Ce sont toujours les mêmes vieux schémas dépassés, les mêmes rengaines, que j’entends.

C’est triste à dire mais je rêve d’une opposition constructive, une opposition qui propose, qui impulse le débat, qui avance de réels arguments, qui parle à tout le peuple, qui pense à la Guinée dans toute sa globalité. Au lieu de cela, on retrouve toujours les mêmes propos étriqués, la même hargne, la même défense d’intérêts particuliers.

Le problème de l’opposition est simple. Elle n’a absolument rien à proposer. Certes, il est plus facile de rester arc-bouté sur le passé, de vouloir ne rien changer, que de regarder vers demain. L’opposition ne voit pas que tout a changé et est en train de changer, que l’Afrique et la Guinée évoluent. Non, elle ne veut pas le voir, elle préfère rester sur des schémas obsolètes et des façons de faire d’un autre temps. C’est dommage et je le déplore.

Ceci dit, ma porte reste ouverte à tous ceux qui veulent s’asseoir pour discuter, pour avancer tous ensemble par-delà les divisions, par-delà les intérêts particuliers.

Le référendum c’est demander aux Guinéens s’ils veulent oui ou non une nouvelle constitution ?

Quelle est la question derrière ce référendum ? Elle est simple. Voulons-nous, oui ou non, d’une Guinée forte, d’une Guinée prospère. D’une Guinée moderne ? Voulons-nous oui ou non avoir des institutions adaptées aux défis de demain ? Ou alors préférons nous encore vivoter avec une constitution bancale, adoptée à la va vite en 2010, sous le poids des circonstances. Constitution de 2010 à propos de laquelle le Peuple n’a pas été consulté, je tiens à le rappeler.

Sérieusement Nous avons besoin d’une Constitution dont chacun pourra dire « c’est le peuple de Guinée qui l’a choisie », « c’est notre bien commun ». Une constitution qui sera un modèle pour tous les Africains et que notre continent entier nous enviera, comme on enviait la Guinée à l’époque du Soleil des Indépendances.

Une constitution qui réaffirmera les libertés fondamentales des Guinéens et notamment celles des plus modestes et des plus vulnérables, pour leur donner plus encore les moyens de faire valoir leurs droits. Elle protègera mieux, garantira de nouveaux droits à tous et instaurera des garde-fous contre les dérives d’où qu’elles viennent. Ce devra être une constitution moderne avec des avancées réelles comme l’abolition de la peine de mort ou l’interdiction des mutilations génitales et des mariages précoces. Elle répondra aux défis à venir pour la Guinée et pour l’Afrique, que ce soit en matière de lutte contre les périls climatiques ou contre le fanatisme religieux et les terrorismes de tous ordres. Et elle fera une place plus grande à nos frères et sœurs de la diaspora dans le développement de notre pays.

Qu’en est-il d’une éventuelle candidature en 2020 ?

Franchement, ce n’est pas la question, ni même le moment. Ma personne n’est rien par rapport aux défis qui attendent notre pays. La question ce n’est pas que va faire Alpha Condé, n’en déplaise aux commères, mon seul sujet de préoccupation c’est la Guinée d’aujourd’hui et celle qui doit advenir.

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