Posted On octobre 23, 2019 By In SLIDER With 1213 Views

Guinée : Condé, ” la Constitution doit être modernisée “

Par Guido Talarico
Au terme de la phase d’écoute des forces politiques, sociales, économiques et culturelles de la Guinée, initiée dans tout le pays par le Chef du Gouvernement, Ibrahima Kassory Fofana, sur demande du Président Alpha Condé, afin de comprendre les besoins réels du pays, une nouvelle phase s’ouvre maintenant. La phase de la proposition, de la construction, est en cours. Une question centrale et délicate est certainement celle de la modification de la Constitution. Nous en avons discuté dans un entretien exclusif avec le président Alpha Condé.

Président Condé, comment est née la Constitution guinéenne ?

La constitution guinéenne a été faite sur le thème des traditions dans un régime d’exception, ils ont selectionné quelques personnes et chacun des groupes est venu avec ses propres intérêts ce qui fait qu’il s’agit d’un mandat par intérêt,  donc déjà le fonctionnement est très difficile puisque parfois même nous sommes obligés de faire des accords politiques contraires à la constitution. Deuxièmement,  ce qui est normalement du domaine de la loi dans le système francais est la loi organique. Vous savez que la loi organique obéit à des règles particulières qui mettent en lumière les insuffisances notoires de la constitution qui, évidemment, elle, n’a pas été soumise au référendum. Si je prends par exemple le conseil constitutionnel, dans le système  français,  le président est nommé par le président de la République. En Guinée, les magistrats qui composaient la commission ainsi que les avocats et professeurs s’estimaient légitimes et désignaient leur président.”

Bref, je comprends qu’il s’agit d’une Constitution qui doit être modernisée. N’est-ce pas ?

Aujourd’hui  le monde a beaucoup changé, nous devons adapter notre constitution au changement du monde, le grand problème qu’on a aujourd’hui en Afrique c’est le changement climatique donc la protection de l’environnement , cela doit se trouver dans la constitution. Ensuite,  il y a la lutte contre la victimisation des femmes, le mariage précoce parce qu’il faut quand même aujourd’hui,  dans le monde où on est,  comme disait Aragon : “la femme c’est l’autre moitié du ciel” et surtout quand il y a plus de femmes que d’hommes, il faut qu’on fasse la promotion des femmes. Ensuite, vous avez la cybercriminalité aujourd’hui, comment lutter contre la cybercriminalité donc nous devons intégrer énormément de réformes, la protection de la nature et ensuite la première constitution doit prendre en compte l’intégration de la Guinée dans un environnement plus vaste grâce à l’unité Africaine, ce qui a disparu,  or pour nous l’unité Africaine, c’est fondamental,  donc il faut l’adapter à la constitution”.

Qu’en est-il du troisième mandat ?

“Il faut corriger les insuffisances de la constitution et l’adapter à l’évolution  de ce nouveau monde. Donc ça n’a rien à voir avec le dernier mandat ou pas,  mais l’opposition craint sa défaite aux élections. La constitution donne le pouvoir au Président de faire une nouvelle constitution,  il suffit qu’il demande l’avis consultatif du président de l’assemblée et soumette au peuple un référendum. Le peuple de Guinée a le droit d’avoir une constitution moderne qui reflette les conditions de vie du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Quelles sont donc les raisons de proposer une modification de la Constitution ?

La constitution est faite pour le peuple, au service du peuple, donc il n’y a pas une constitution intangible. Savez-vous combien il y a eu de constitutions en France et en Afrique…? Et surtout, ceux qui critiquent aujourd’hui la réforme de la constitution, c’est ceux qui ont proposé une constitution illimitée et celui qui en parle le plus c’est Cellou Diallo qui a fait la promotion du changement de constitution. De deux mandats de cinq ans, ils sont passés à sept ans, illimités, en résumé donc un mandat à vie.”

Mais y a-t-il aussi des arguments concrets pour soutenir cet amendement de la Constitution ?

Beaucoup de pays ont changé de constitution depuis 2015, les guinéens voulaient également une nouvelle constitution, mais je leur ai dit: ”nous sortons de la crise ébola, nous avons d’autres priorités, réglons d’abord  le problème économique avec l’aide du fonds monétaire international”. Avec le PPTE nous ne pouvons bénéficier que de crédits  concessionnels, c’est à dire maximum 1,5% sur 30 ans. Nous devons pouvoir bénéficier de prêts non concessionnels, c’est pour cette raison qu’il fallait d’abord que la Guinée redresse son économie et ses finances. La révision et la modernisation de la constitution sont nécessaires, mais le redressement économique était prioritaire. Maintenant nous sommes bientôt à la fin du programme avec le fonds monétaire, nous sommes en train de résoudre les problèmes de l’énergie, les routes etc… Il faut que la constitution soit soumise au peuple afin que celui-ci la légitimise et l’entérine, ce qui n’a pas été le cas en 2010″.

iframe

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *