Posted On février 28, 2017 By In Non classifié(e) With 45 Views

La Tunisie mise en garde contre l’austérité par un expert de l’ONU

Tunis, 28 fév 2017 (AFP)

Le gouvernement tunisien, avec le concours du FMI, doit lutter contre le creusement inquiétant des déficits sans reproduire les “erreurs” de l’ère Ben Ali, dans un pays où la crise économique et sociale menace les acquis démocratiques, a prévenu mardi un expert onusien.
Six ans après la chute de la dictature de Zine el Abidine Ben Ali, l’unique pays rescapé du Printemps arabe ne parvient pas à faire redémarrer son économie. Sa croissance a plafonné à 1% en 2016.
Dans ce contexte, la Tunisie a dû conclure l’an dernier un nouveau plan d’aide de 2,9 milliards de dollars avec le Fonds monétaire international (FMI), qui prévoit en échange la mise en oeuvre de réformes socialement sensibles.
“Le niveau de la dette publique a atteint un niveau critique. Selon le FMI, elle a dépassé les 60% du PIB et devrait franchir les 70% en 2017”, a relevé au terme d’une mission dans le pays un expert de l’ONU, Juan Pablo Bohoslavsky.
Pour autant, Tunis et ses bailleurs de fonds doivent prendre garde aux “mesures d’austérité qui remettraient en cause les droits économiques et sociaux”, a-t-il estimé.
Selon l’expert, cette erreur a déjà été commise par le passé, sous le régime Ben Ali, menant à la révolution de 2011.
“La notion de croissance inclusive était absente des (précédents) programmes d’ajustement du FMI (…) et beaucoup (de gens) ont été laissés pour compte. Ces erreurs ne doivent pas être répétées”, a-t-il argué.
Interrogé par l’AFP, M. Bohoslavsky a cité l’exemple d’une possible réforme des subventions des produits de grande consommation, comme le pétrole ou la nourriture, qui ne doit “pas se faire sans mise en place préalable de filets sociaux”.
Plus largement, “investir dans les droits économiques et sociaux est le meilleure façon de prévenir l’extrémisme violent et l’instabilité politique”, a-t-il plaidé.
Sur l’emploi, l’expert, qui présentera un rapport devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, a appelé à cibler “prioritairement les femmes et les jeunes chômeurs”.
Début 2016, la Tunisie a connu sa plus importante contestation sociale depuis 2011 après la mort d’un jeune lors d’une manifestation pour l’emploi à Kasserine (centre).
Entré en fonctions l’été dernier après que son prédécesseur eut été jugé en échec sur l’économie, le gouvernement d’union de Youssef Chahed peine à mettre en oeuvre les réformes.
En fin d’année dernière, il a dû renoncer à un gel total des salaires d’un an dans la -pléthorique- fonction publique, le puissant syndicat UGTT ayant menacé d’une grève générale.
Mardi, la ministre des Finances Lamia Zribi a confirmé sur la radio Express FM que le FMI avait mis la pression sur Tunis en reportant le versement d’une deuxième tranche d’aide.
“Le FMI a vu que les réformes n’avaient pas avancé” et a “voulu reporter le deuxième versement (…) à ce printemps”, a-t-elle déclaré.
Ce week-end, M. Chahed a procédé à un remaniement marqué par un changement de titulaire au poste stratégique de ministre de la Fonction publique: ancien de l’UGTT, Abid Briki a été remplacé par Khalil Ghariani, un dirigeant de la centrale patronale Utica.
Cette désignation a été décrite comme une “provocation” par le syndicat.

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