Posted On juillet 21, 2017 By In Non classifié(e) With 168 Views

Louis Bernard Diédhiou, la tchatche d’un amputé des mines en Casamance

Bissau, 21 juil 2017 (AFP)

“Je bataille pour avoir ma taille”, déclame le slammeur Louis Bernard Diédhiou, amputé des jambes et de deux doigts. Victime des mines dans la région sénégalaise de Casamance, le jeune homme n’a jamais renoncé face à l’adversité.
En mai 2001, “j’étais parti aux champs chercher des mangues” à la périphérie de Ziguinchor, principale ville de cette région du sud du pays, “pour les vendre et acheter un billet pour assister au concert de Youssou Ndour”, la star sénégalaise de la chanson.
En chaise roulante dans un couloir du Centre de réhabilitation moteur (CRM) de Bissau, il fait partie des victimes des mines envoyées par les autorités sénégalaises et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour se faire équiper en matériel orthopédique dans cette structure spécialisée.
Après avoir marché sur une mine, “je n’ai pas pu retourner à l’école”, dit Louis Bernard Diédhiou, 32 ans, collégien à l’époque.
“La mine a atteint mes deux jambes et mes deux mains”, précise ce jeune homme enjoué, en dreadlocks, bonnet, pantalon militaire, T-shirt et chaînette au poignet, qui a également eu deux doigts arrachés.
Au total, sur plus de 800 victimes des mines en Casamance, 85 civils ont perdu un ou deux membres inférieurs, selon les statistiques officielles.
Dans cette région aux nombreuses potentialités agricoles, forestières et touristiques, occultées depuis 35 ans par une rébellion indépendantiste, des victimes de mines se sentent livrées à elles-mêmes et réduites à la dépendance.
“Il ne faut pas rester et demander. Il faut bouger”, chante a contrario le slammeur, qui se présente comme “multifonctionnel”: animateur musical, DJ et technicien audiovisuel à Ziguinchor.
“Beaucoup de victimes des mines sont découragées parce qu’elles ne peuvent pas travailler”, indique Louis Bernard Diédhiou dont le bras gauche laisse apparaître des cicatrices.
“Je prends mon destin en main. Je ne vais pas rester les bras croisés”, tonne-t-il dans ses chansons.
“Il suffit de voir pour croire. Tout se passe dans la tête. Ce sont des choses qui arrivent. Relativise et positive”, affirme-t-il dans l’une d’elles, composée pour une campagne de sensibilisation contre les mines en Casamance.
– Se marier un jour –
Plus de 1.872 km2 ont été déminés, mais le travail reste à faire pour environ 1.300 km2, selon le Centre national d’actions antimines (Cnams).
Etre victime des mines “est difficile” parce qu’en plus “des douleurs et des chahuts, des gens sabotent ton handicap”, confie Louis Bernard Diédhiou, en allusion aux moqueries et sarcasmes subis par les handicapés, de la part “des amis et des voisins”.
Côté coeur, ce célibataire dit n’avoir “pas encore l’argent qu’il faut” pour se marier.
Plus prosaïquement, même renouveler sa chaise roulante ou une prothèse est une entreprise de longue haleine. A l’hôpital de Ziguinchor, “ils te demandent des sous que tu n’as pas”, dit ce membre de l’Initiative solidaire des actions de développement (Isad), une association des victimes des mines en Casamance.
“Si on répare la chaise et la prothèse, ça va me faciliter le travail”, affirme-t-il néanmoins, pensant déjà au prochain concert qu’il animera, à Bissau, Ziguinchor ou ailleurs.

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