Posted On avril 5, 2018 By In Nigeria, PAYS, Photo galerie, SLIDER, VIDÈO&PHOTO With 45 Views

Nigeria: les déplacés de Boko Haram commencent à rentrer chez eux

Bama (Nigeria) (AFP)

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Plus de 1.000 civils déplacés par le conflit de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria sont rentrés à Bama, quatre ans après la destruction de la ville par les jihadistes, dans le cadre d’un vaste programme de reconstruction et de retour lancé par les autorités.
Depuis lundi, 1.200 personnes ont été convoyées à Bama pour permettre le “retour progressif des habitants de la ville qui avaient fui après l’invasion de Boko Haram en 2014”, a déclaré à l’AFP le ministre de l’Information du Borno, Mohammed Bulama.
“Nous voulons faire revenir plus de 100.000 personnes à Bama dans les mois à venir” dans le cadre du programme de “reconstruction, réinstallation et réhabilitation” organisé par l’Etat du Borno, le plus touché par le conflit, a-t-il ajouté.
Le nord-est du Nigeria a été dévasté par l’insurrection ayant fait au moins 20.000 morts et 2,6 millions de déplacés dans le nord-est depuis 2009.
Les “retournés” ont été minutieusement contrôlés avant de se voir remettre un badge et de monter à bord de camions escortés par l’armée jusqu’à Bama, a expliqué l’un d’eux, Umar Bukar.
Chacun a ensuite reçu un sac de riz, un sac de mil ainsi que 10.000 nairas (22,7 euros) en espèces pour pouvoir “démarrer une nouvelle vie”.
Les jihadistes s’étaient emparé en septembre 2014 de Bama, carrefour commercial stratégiquement situé près de la frontière avec le Cameroun, et deuxième agglomération de l’Etat du Borno avec près de 270.000 habitants.
La plupart des habitants avaient fui à Maiduguri, la capitale régionale, rejoignant des camps surpeuplés sous perfusion de l’aide humanitaire internationale, ou accueillis par la population locale.
Même après la reprise de la ville par l’armée en mars 2015, ils n’étaient pas rentrés chez eux, en raison de l’insécurité persistante et des dommages causés par les insurgés.
Détruite à 85%, Bama est devenue le symbole de la destruction à grande échelle orchestrée par le groupe islamiste, qui a brûlé l’immense majorité des batiments et jonché les rues de cadavres avant de partir.
– Insécurité –
A l’échelle de l’Etat du Borno, près d’un million de foyers ont été détruits, environ 30% du total selon la Banque mondiale. Plus de 500 écoles primaires, près de 40 collèges, ainsi que 200 hôpitaux, cliniques et dispensaires médicaux ont connu le même sort.
Les autorités ont estimé qu’il faudrait 40 milliards de nairas (94 millions d’euros) rien que pour reconstruire Bama, un chiffre exorbitant dans cette région déjà très pauvre avant la guerre.
Fin mars, le président du comité de transition et de relogement du Borno, Abba Jato Mohammed, a affirmé que 11.000 foyers avaient déjà été reconstruits. Mais les anciens habitants de Bama restent sceptiques face à l’ampleur du chantier.
“Vu le rythme des travaux, il faudra des années pour reconstruire chaque maison et nous ne pouvons pas attendre si longtemps”, se désole Mohammed Kassim, resté à Maiduguri.
“Nous serions prêts à retourner à Bama et à reconstruire nos propres maisons si le gouvernement nous le permettait”, dit-il avec amertume.
Selon Kulo Gana, un autre déplacé de Bama dont la maison est en ruines, “la vie dans les camps est difficile, avec peu de nourriture, peu d’eau et des sanitaires insuffisants”.
“Aucun d’entre nous ne resterait si nous avions le choix”, dit-il.
En septembre, quelque 3.000 déplacés avaient manifesté à Maiduguri pour protester contre les pénuries alimentaires et leurs conditions de vie précaires, exigeant de pouvoir rentrer chez eux.
Le mois précédent, une épidémie de choléra avait éclaté dans un camp de déplacés, tuant environ 50 personnes, principalement des enfants.
L’insécurité dans la région reste également une préoccupation majeure, même si les autorités ont rouvert fin mars aux convois escortés par l’armée la route reliant Maiduguri à Bama.
“Nous avons tous laissé nos familles à Maiduguri (…) en attendant de voir si la situation est suffisamment sûre pour les faire venir”, confie Umar Bukar, l’un des retournés.
Personne n’ose encore s’aventurer en brousse et la peur règne à la nuit tombée: “nous restons à l’intérieur sitôt qu’il fait noir”, dit-il.
Alors que le gouvernement a affirmé récemment négocier un cessez-le-feu avec Boko Haram, au moins 20 personnes ont encore été tuées et plus de 80 autres blessées le week-end dernier dans des attentats suicides et attaques armées près de Maiduguri.

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