Posted On mars 26, 2018 By In Non classifié(e) With 24 Views

Présidentielle en Sierra Leone: le second tour reporté au 31 mars

Freetown, 26 mars 2018 (AFP)

Le second tour de la présidentielle en Sierra Leone, prévu mardi, a été repoussé au 31 mars, a annoncé lundi la Commission électorale nationale (NEC), malgré le rejet par la justice d’un recours demandant le report du scrutin.
Avant même ce rebondissement, le second tour s’annonçait déjà très indécis entre le candidat du pouvoir, Samura Kamara, homme lige du président sortant Ernest Bai Koroma, et celui de l’opposition, l’ancien général Julius Maada Bio, après une campagne tendue dans ce pays très pauvre d’Afrique de l’Ouest gangréné par la corruption.
La Haute cour de Sierra Leone, qui a ordonné samedi à la Commission électorale nationale (NEC) de suspendre les préparatifs du scrutin, a levé l’injonction en début d’après-midi.
Mais “en raison des retards logistiques dus à cette injonction, le vote ne peut se tenir le 27 mars comme prévu”, a annoncé la NEC en début de soirée, ajoutant que les quelque 3,1 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes le 31 mars.
Le candidat du principal parti d’opposition, le SLPP, Julius Maada Bio, a accusé dimanche le président Koroma, qui ne pouvait plus se représenter après deux mandats, de “pousser la Sierra Leone au bord du chaos” par des manoeuvres dilatoires.
Battu par M. Koroma en 2012, M. Bio espère tenir sa revanche, après avoir devancé de peu au premier tour le 7 mars économiste de formation, ancien ministre des Affaires étrangères et homme lige du président sortant, avec 43,3% des suffrages contre 42,7 %.
M. Kamara s’était pour sa part “réjoui que la justice s’assure que la NEC mette au clair les décalages et irrégularités de l’élection du 7 mars avant le second tour”.
– 84 % de participation –
La Cour a également donné lundi des instructions à la NEC pour assurer la transparence et l’intégrité des résultats, notamment la communication des procès-verbaux aux représentants des deux partis et leur affichage dans chaque bureau de vote.
Quelque 250 personnes et une quarantaine d’avocats se sont pressés en début d’après-midi dans la salle d’audience pleine à craquer.
A l’extérieur, les caméras de télévision étaient maintenues à distance par une trentaine de policiers, dont certains casqués et armés de fusils automatiques, déployés autour du bâtiment de style colonial à la façade blanche décrépie.
Un jeune partisan du SLPP invectivait les passants, réclamant à grand cri en direction de la cour que l’élection se tienne “maintenant”.
Dans son recours, un juriste appartenant à l’APC, le parti au pouvoir, Ibrahim Sorie Koroma, a dénoncé des fraudes électorales, exigeant qu’elles fassent l’objet d’une enquête avant la tenue du second tour.
L’APC a par ailleurs affirmé dimanche que les listes électorales utilisées par la NEC pour calculer les résultats ne correspondaient pas à aux listes officiellement publiées. La justice n’a pas été saisie de cette question, qui pourrait donner lieu à un nouveau contentieux d’ici au jour du vote.
Les missions d’observateurs étrangers et de la société civile, notamment celle de l’Union européenne, avaient salué le bon déroulement du scrutin, qui combinait élections présidentielle, législatives et locales, marqué par une participation atteignant le niveau exceptionnel de plus de 84%.
La campagne pour le second tour, qui s’est achevée dimanche, était repartie sur les bases de la fin de celle du premier, avec un recours de plus en plus manifeste à la carte régionale et ethnique, selon des analystes.
En l’absence de sondages crédibles, tout pronostic sur le vainqueur s’annonce hasardeux. L’issue est d’autant plus incertaine que si l’opposition a viré en tête à la présidentielle, l’APC frôle la majorité absolue à l’Assemblée nationale, selon les résultats des législatives, 7 des 132 sièges doivent encore être attribués à l’issue de nouveaux comptages et d’une annulation.
Le bilan de l’administration Koroma est contrasté.
Si elle a réussi à attirer les investisseurs pour reconstruire le pays, dévasté par la guerre civile (1991-2002) qui a fait quelque 120.000 morts, l’économie reste fragile après les chocs de l’épidémie d’Ebola en 2014-2016 et de la chute des cours mondiaux des matières premières. Et la corruption a continué à prospérer.

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