Posted On juillet 6, 2017 By In Non classifié(e) With 77 Views

RDCongo: 9 mois de violences au Kasaï, la communauté internationale inquiète

Kinshasa, 6 juil 2017 (AFP)

Le Kasaï, région du centre de la République démocratique du Congo, est secoué par des violences et exactions qui ont fait plusieurs milliers de morts depuis septembre, après la mort d’un chef traditionnel défiant le pouvoir de Kinshasa.
Ces violences, qui impliquent des miliciens, soldats et policiers, mettent à mal un pouvoir central fragilisé par une crise politique liée au maintien au pouvoir de Joseph Kabila au-delà du terme de son mandat, échu depuis le 20 décembre.
– Chef coutumier tué par l’armée –
En novembre 2011, Jean-Pierre Mpandi est désigné Kamwina Nsapu ou chef coutumier des Bajila Kasanga, un clan de la tribu Lulua dans le Kasaï central. Faute d’être confirmé dans ce titre par le gouverneur, il décide de ne plus reconnaître les autorités provinciales ni nationales.
En août 2016, il est tué lors d’une opération militaire. La non restitution de sa dépouille déclenche un conflit entre son clan et les forces de sécurité dans la région du Grand Kasaï.
– Neuf mois de violences –
Les Kamwina Nsapu, qui arborent un bandeau rouge autour de la tête ou du bras, s’affrontent avec la police et l’armée dans quatre provinces du centre de la RDC (Kasaï-central, Kasaï, Kasaï-oriental et Lomami), semant la terreur parmi la population: décapitations, viols, mutilations, exécutions de femmes et d’enfants…
Les insurgés s’attaquent d’abord aux symboles de l’Etat, puis aux institutions scolaires et religieuses.
L’ONU accuse les rebelles Kamwina Nsapu d’enrôler des enfants soldats et de commettre des atrocités, tout en dénonçant l’usage disproportionné de la force par l’armée congolaise, face à des miliciens armés essentiellement de bâtons et de lance-pierres.
L’ONU pointe aussi la responsabilité de Kinshasa dans les violences, accusant les autorités locales d’avoir organisé et armé une milice, coupable d'”attaques horribles” contre des civils.
– 3.000 morts, 1,3 million de déplacés –
Depuis octobre 2016, 3.383 personnes ont été tuées selon la Nonciature apostolique en RDC. Elle recense 30 fosses communes tandis que l’ONU en dénombre 42.
Le nombre des déplacés s’élève 1,3 million de personnes depuis août 2016, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha). Parmi eux, plus de 600.000 enfants, d’après l’Unicef.
Avant même le déclenchement des violences, les provinces du Kasaï étaient parmi les plus pauvres de la RDC, malgré leur richesse diamantifère.
– Tensions entre Kinshasa et communauté internationale –
Le conflit au Kasaï suscite depuis plusieurs mois l’inquiétude de la communauté internationale, dans un climat tendu avec Kinshasa qui refuse toute enquête internationale, réclamée par l’ONU comme par les ONG.
Deux experts envoyés par l’ONU pour enquêter sur les massacres ont été tués, l’Américain Michael Sharp et la Suédo-Chilienne Zaida Catalan. Enlevés le 12 mars, leurs corps ont été retrouvés seize jours plus tard dans une fosse commune.
Le procès de leurs assassins présumés -un élève de 16 ans, un vendeur d’huile de palme et deux autres- s’est ouvert le 5 juin mais l’ONU soupçonne les autorités d’avoir enquêté un peu trop vite.
Le 20 mai, le quotidien américain New York Times a révélé que Zaida Catalan détenait l’enregistrement d’un député en conversation téléphonique avec un des présumés auteurs des massacres dans la région.
Fin mai, l’UE a infligé des sanctions à huit responsables de l’appareil sécuritaire en RDC, dont trois ministres ou anciens ministres, et un ex-chef rebelle, pour de “graves violations des droits de l’Homme”.
Jeudi, huit militaires congolais ont été condamnés à des peines allant de 12 mois à la prison à perpétuité pour le meurtre de civils dans la région du Kasaï.

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