Afrique centrale : l'ONU alerte sur le trafic de médicaments, 251 tonnes saisies en cinq ans

Le commerce illégal de médicaments contrefaits, de mauvaise qualité ou détournés des circuits officiels constitue une menace croissante pour la santé dans les six pays de la CEMAC. Entre 2020 et 2025, au moins 251 tonnes de produits ont été saisies.

Afrique centrale : l'ONU alerte sur le trafic de médicaments, 251 tonnes saisies en cinq ans

Le trafic illégal de médicaments devient une menace sérieuse pour la santé publique en Afrique centrale, exacerbé par les difficultés d'accès à des médicaments sûrs et abordables. Un rapport de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) tire la sonnette d'alarme.

Ce phénomène touche particulièrement le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la République du Congo, la Guinée équatoriale et le Gabon, où les maladies infectieuses comme le paludisme, la tuberculose et le VIH restent très répandues.

Selon le rapport, la difficulté d'obtenir des médicaments autorisés, combinée à leur coût pour une partie de la population, alimente un marché parallèle. Entre 2020 et 2025, les autorités de ces six pays ont saisi au total au moins 251 tonnes de médicaments.

Le marché illégal inclut des produits détournés des chaînes de distribution réglementées et des stocks destinés aux programmes de santé nationaux, ainsi que des médicaments contrefaits, de qualité inférieure ou non autorisés.

Parmi les produits identifiés figurent des antibiotiques, antipaludiques, analgésiques et anti-inflammatoires, ainsi que des substances psychoactives comme le tramadol et le prégabaline.

L'ONUDC avertit que la circulation de ces médicaments peut entraîner des échecs thérapeutiques, des intoxications et des décès évitables. Le risque est aggravé par le fait que, dans certains cas, les produits issus des circuits illégaux parviennent même aux structures de santé officielles, généralement considérées comme fiables par les patients.

Pour illustrer l'ampleur potentielle du problème, le rapport cite une estimation de l'OMS de 2017 pour l'ensemble de l'Afrique subsaharienne. Selon ces données, les antipaludiques contrefaits ou de mauvaise qualité pourraient être associés chaque année à un nombre de décès compris entre 72 000 et 267 000, tandis que des antibiotiques de mauvaise qualité utilisés contre la pneumonie infantile pourraient être liés à un maximum de 169 271 décès par an.

Les routes du trafic traversent plusieurs points d'entrée dans la région. Une partie des médicaments arrive par les ports maritimes et fluviaux, tandis que d'autres produits sont transportés par voie aérienne comme marchandises ou cachés dans les bagages des passagers. De là, ils sont ensuite distribués à l'intérieur via les principales routes commerciales.

Le phénomène, souligne également l'ONUDC, n'a pas seulement des conséquences sanitaires. Le commerce illégal contribue au financement de la criminalité organisée, affaiblit les institutions publiques et favorise la diffusion à des fins récréatives de substances psychoactives pouvant entraîner une dépendance.

La situation est particulièrement complexe en République centrafricaine, où, selon le rapport, des groupes armés tirent profit du pillage des infrastructures de santé et imposent des paiements sur les expéditions de produits traversant les territoires sous leur contrôle.

Une saisie récente au Gabon a attiré l'attention sur l'ampleur du trafic transfrontalier : fin septembre, les autorités douanières ont intercepté 17 000 comprimés de tramadol, reliant la cargaison à des réseaux de trafiquants en provenance du Cameroun voisin.

Selon les organisations internationales, réduire l'écart entre la demande de soins et la disponibilité de médicaments sûrs et abordables reste donc un élément central pour contrer un marché illégal qui impacte à la fois la santé de la population et la sécurité de la région.

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