Paris, 27 oct 2017 (AFP)

Trois ans de prison avec sursis pour s’être frauduleusement bâti en France un patrimoine considérable: la justice française a rendu vendredi un premier jugement très attendu dans l’affaire des « biens mal acquis », à l’encontre du vice-président de Guinée équatoriale, Teodorin Obiang.
La 32ème chambre du tribunal correctionnel de Paris l’a condamné à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende avec sursis. La peine est inférieure à celle requise par le parquet national financier qui avait demandé trois ans de prison ferme et une amende ferme de 30 millions d’euros.
Le tribunal a également ordonné la confiscation de l’ensemble des biens saisis, dont un somptueux hôtel particulier avenue Foch à Paris, comme requis par le parquet.
La défense a qualifié le jugement de « décision militante ». « Nous allons examiner tous les recours possibles », a déclaré devant la presse l’avocat de Teodorin Obiang, Me Emmanuel Marsigny.
Le vice-président équato-guinéen, qui ne s’est pas présenté lors de son procès, a été reconnu coupable de blanchiment d’abus de biens sociaux, blanchiment de détournement de fonds publics, blanchiment d’abus de confiance et blanchiment de corruption.
Le tribunal a rappelé qu’il était compétent pour juger Teodorin Obiang car il jugeait uniquement « l’infraction de blanchiment commise en France » par le dignitaire pour son usage « personnel », et non « des faits commis en Guinée équatoriale » dans « l’exercice de ses fonctions ».
Le vice-président, âgé de 48 ans, n’a eu de cesse, comme le pouvoir équato-guinéen, de contester la tenue de son procès en France et la légitimité de la justice française.
Le procès du fils du président Teodoro Obiang Nguema, ancien ministre de l’Agriculture et des forêts promu vice-président par son père, s’était déroulé du 19 juin au 6 juillet.
L’enquête, ouverte après des plaintes des associations Sherpa et Transparency International, avait mis au jour le patrimoine considérable de Teodorin Obiang. Objets d’art, voitures de luxe et de sport, et un hôtel particulier avenue Foch fort de 101 pièces, hammam et discothèque, décoré de marbre et pourvu de robinets recouverts d’or…
A Paris, Teodorin Obiang, éternel célibataire à la mise savamment étudiée, dépense des mallettes entières de liquide chez les couturiers de l’avenue Montaigne. Son train de vie est très éloigné du quotidien de son petit pays pétrolier du golfe de Guinée, dont plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.
Au terme de l’instruction, les juges avaient estimé que son patrimoine ne pouvait avoir été financé par ses seuls revenus officiels mais était issu « des détournements de fonds publics », de la corruption.
– ‘Ingérence’ –
La défense de Teodorin Obiang avait fustigé au procès une « ingérence dans les affaires d’un Etat souverain », estimant que la justice française s’arrogeait dans ce dossier « une compétence universelle ».
Malabo ferraillait en outre à propos de l’hôtel particulier de l’avenue Foch en le présentant comme abritant des locaux diplomatiques, inviolables.
Pour que la confiscation décidée vendredi soit effective, il faudra cependant attendre l’issue d’une procédure en cours devant la Cour internationale de justice. Saisie par Malabo, qui conteste les poursuites françaises contre Teodorin Obiang, la CIJ a rendu en décembre dernier une ordonnance selon laquelle la France doit assurer, jusqu’à l’issue de cette procédure à La Haye (Pays-Bas), l’inviolabilité de l’immeuble.
Teodorin Obiang est le premier dignitaire à être jugé dans le cadre des procédures dites de « biens mal acquis » lancées en 2010 en France.
La justice française, qui cherche à savoir si les fortunes des familles de plusieurs dirigeants africains ont pu être bâties en France grâce à des fonds publics détournés dans leurs pays, enquête également sur les patrimoines édifiés par les proches de Denis Sassou Nguesso (Congo), du défunt Omar Bongo (Gabon) ou encore du président centrafricain déchu François Bozizé.
La justice suisse s’intéresse également de près à Teodorin Obiang. Onze véhicules de luxe lui appartenant ont été saisis à Genève en novembre.