Posted On août 30, 2017 By In Non classifié(e) With 913 Views

Cameroun: le président Biya joue l’apaisement dans la crise anglophone

Yaoundé, 30 août 2017 (AFP)

Le président du Cameroun Paul Biya a joué mercredi l’apaisement en décrétant l’arrêt des poursuites judiciaires pour “terrorisme” et “rébellion” contre des leaders de la minorité anglophone dont la fronde menaçait la toute prochaine rentrée scolaire.
“Le président de la République a ordonné ce jour l’arrêt des poursuites pendantes devant le tribunal militaire de Yaoundé contre les nommés Nkongho Agbor Félix, Fontem Aforteka’a Neba, Paul Ayah Abine”, a indiqué Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, dans un communiqué lu sur les ondes de la radio d’Etat.
Il s’agit de trois leaders anglophones parmi la trentaine actuellement en prison et poursuivis pour “co-action d’actes de terrorisme, hostilité contre la patrie et rébellion”.
Félix Agbor Nkongho et Neba Fontem Aforteka’a sont les dirigeants du Cameroon Anglophone Civil Society Consortium (Cacsc), mouvement interdit en janvier par les autorités après un appel à la grève dans les deux régions anglophones du Cameroun (sur dix régions au total).
Les leaders anglophones dénoncent la “marginalisation” de leur communauté, et revendiquent un retour au fédéralisme voire pour certains l’indépendance. Le pouvoir central a répondu par la fermeté, avec par exemple une coupure d’Internet pendant plus de trois mois entre janvier et avril dans leurs deux régions.
La mesure présidentielle concerne aussi “certaines autres personnes interpellées dans le cadre des violences survenues ces derniers mois”, ajoute le texte présidentiel.
“Le processus de libération est en cours, mais je doute fort que ça se passe ce soir”, a réagi auprès de l’AFP Me Claude Assira, l’un des avocats des anglophones, qui ne cache pas son “soulagement”.
“Il y a trois personnes qui ont été nommément citées. Parmi les 25 autres personnes (poursuivies), il y en a dont le sort dépendra de la décision du parquet”, ajoute-t-il. Le nom d’un autre leader, l’animateur de radio Mancho Bibixy alias “BBC”, n’est par exemple pas cité, sans que l’on sache encore s’il bénéficiera de la mesure.
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Le président Biya a fait cette annonce de façon impromptue, alors que la situation semblait bloquée par la fermeté du pouvoir et les grèves dans les deux régions qui ont fortement perturbé la dernière année scolaire.
“Je pense que ce décret intervient clairement pour éviter une seconde année scolaire quasi blanche dans les régions anglophones. Le fait que des enfants n’aillent pas à l’école, c’est un signe aux yeux du monde que la crise perdure”, estime Hans De Marie Heungoup, analyste à l’International Crisis Group (ICG) pour le Cameroun.
Ce décret intervient dans un contexte de “logique répressive”, estime-t-il: “sept journalistes et une douzaine de militants anglophones ont été arrêtés en un mois”.
Début août, un rapport d’ICG estimait que la crise anglophone “pourrait affecter l’élection présidentielle” prévue fin 2018.
“C’est une décision qui est prise pour apporter un apaisement, mais qui de mon point de vue ne réglera pas fondamentalement le conflit”, ajoute Mathias Eric Owona Nguini, professeur de sciences politiques à l’université de Yaoundé-II. “Une fois que les leaders anglophones seront libérés, est-ce pour autant qu’ils seront d’accord avec les gens du régime sur les perspectives institutionnelles?”.
“M. Biya a libéré quelques uns de ses +otages+. Nous espérons qu’il va tous les libérer. On estime à plus de 200 le nombre de détenus”, a réagi auprès de l’AFP Josuah Osih, le numéro 2 du Social democratic front (opposition). “De notre point de vue, le fédéralisme est la seule solution”.
“Ce décret ne change pas notre but de restaurer notre indépendance”, avance, au sein de la minorité séparatiste, Raymond Sama, directeur de la chaîne de TV Southern Cameroon Broadcasting Corporation (SCBC TV).
Les anglophones “continueront à résister jusqu’à ce que tous (leurs) frères soient libérés”, assure-t-il en réponse aux questions de l’AFP via la messagerie Whatsapp.
Cette chaîne indépendantiste anglophone avait suscité mardi la colère du gouvernement, qui a demandé son arrêt “sans délai” en dénonçant son “caractère séditieux et haineux”.

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