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Posted On février 4, 2021 By In _news-slider, Nouvelles With 0 Views

Corne de l’Afrique: l’Europe entre les mains des lobbyistes? L’étrange parabole de l’amb. Rondos

par Elen Belder

Qui est Alexander Rondos? Personnalité peu connue de l’opinion publique internationale, cet ambassadeur grec de 67 ans est en fait une personne très puissante, ayant des relations directes avec pratiquement toutes les chancelleries européennes. Jusqu’au 31 août 2020, il était le représentant spécial de l’Union européenne pour la Corne de l’Afrique, alors qu’aujourd’hui, il semble qu’il travaille également comme lobbyiste à Bruxelles. Et pour qui travaillera aujourd’hui ce diplomate qui, depuis le 1er janvier 2012, c’est-à-dire depuis huit ans, a représenté sans interruption les intérêts européens dans l’une des zones les plus stratégiques d’Afrique? Depuis le siège historique de la Commission européenne, le bâtiment Charlemagne, certains disent, en demandant l’anonymat, que Rondos travaille pour les Tigrins, c’est-à-dire la minorité ethnique qui pendant 20 ans a dominé et gouverné l’Ethiopie et qui maintenant, après avoir perdu les élections, complote dans l’ombre pour écarter le président élu et prix Nobel de la paix Abiy Ahmed. En d’autres termes, il s’agit du même groupe ethnique auquel appartient le dernier Tigrinya en vue et pour lequel il se bat secrètement, à savoir Tedros Adhanom, l’ancien ministre éthiopien des affaires étrangères extrêmement puissant mis à la tête de l’Organisation mondiale de la santé par la Chine.

Soyons clairs, être lobbyiste n’est pas un péché, mais cela ne peut se faire quand on occupe une position institutionnelle et qu’on utilise son rôle pour influencer négativement le destin de populations entières au profit d’intérêts privés. La question sur laquelle il faut s’attarder est celle de la transparence et des éventuels conflits d’intérêts. Dans le cas précis, Rondos ne semble pas inattaquable. Selon diverses sources diplomatiques, l’ambassadeur grec a toujours entretenu des relations étroites avec la Tigrinya. Des relations qui l’ont conduit à convaincre d’abord l’Union européenne de bloquer les financements destinés à soutenir la Somalie et l’Ethiopie, puis, grâce à ses bonnes relations avec Koen Doens, le nouveau directeur général du département de la coopération et du développement (Devco), à monter un fort ostracisme à l’égard de l’application de l’accord trilatéral entre l’Ethiopie, l’Erythrée et la Somalie signé en août 2018.

Alexander Rondos

Des sources bien informées expliquent que la relation entre les Rondos et le TPLF (Tigray People’s Liberation Front), le parti Tigrinya qui a dirigé l’Ethiopie pendant vingt ans et dont le directeur de l’OMS, Tedros, était un des principaux représentants, a des racines anciennes et repose sur de solides raisons économiques. A l’écoute de ces sources, il semblerait que Rondos ait de forts intérêts dans le secteur pétrolier, en particulier au Kenya et en Somalie. Il nous est notamment expliqué que Rondos serait en fait un partenaire de l’ancien Premier ministre de Somalie, Hassan Khaire, qui se présente actuellement aux prochaines élections à la présidence de la Somalie mais qui a un passé dans le secteur pétrolier, puisqu’il a été directeur de la compagnie pétrolière britannique “Soma Oil & Gas” jusqu’en 2017.

Des anciennes relations avec les Tigres, aujourd’hui hors de toute représentation gouvernementale mais pas pour cette raison dans le désarmement, vu les fortunes accumulées au fil des ans, et des relations avec Khaire et avec les compagnies pétrolières qui gravitent entre le Kenya et la Somalie, il se dégage une image conflictuelle générale qui ne jette pas quelques ombres sur les positions que les Rondos ont aidé la Communauté européenne à prendre ces dernières années dans la Corne de l’Afrique. Etait-il vraiment juste de s’opposer et d’entraver le processus de pacification et de développement signé par l’Ethiopie, la Somalie et l’Erythrée? Ou était-ce dans l’intérêt de ceux qui étaient mieux à même de faire des affaires dans un territoire pauvre et divisé? Ici, bien sûr, aucune conclusion définitive ne peut être tirée. Mais il est certain que la Communauté européenne ferait mieux de réfléchir à la question et de vérifier qui fait quoi et dans l’intérêt de qui. Une fois la pandémie passée, la Corne de l’Afrique deviendra encore plus la zone la plus intéressante de tout le continent. La laisser entre les mains des hommes d’affaires serait un crime.

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