Nairobi, 28 oct 2017 (AFP)

Des incertitudes légales planent sur l’issue de la présidentielle organisée jeudi au Kenya après l’annulation de celle du 8 août, mais dont les opérations de vote n’ont pas pu avoir lieu dans l’ouest du pays pour raisons de sécurité.
– A quand le résultat de la présidentielle de jeudi ? –
Il n’est pas possible de le savoir précisément pour le moment.
Les opérations de compilation et de vérification des résultats par la Commission électorale (IEBC) se poursuivaient samedi, mais la Commission électorale ne s’est pas exprimée ces derniers jours sur une quelconque échéance.
Le problème majeur est que les opérations de vote de jeudi n’ont pas pu avoir lieu dans quatre comtés de l’ouest (Homa Bay, Kisumu, Migori et Siaya) sur les 47 que compte le pays. Dans cette région, fief du chef de l’opposition Raila Odinga, une situation chaotique et des troubles sécuritaires (violences meurtrières entre manifestants pro-opposition et police, bureaux de vote qui n’ont pas pu ouvrir, menaces sur le personnel électoral, matériel de vote non acheminé…) ont empêché la tenue de la présidentielle.
Au total, plus de 3.600 des 40.883 bureaux de vote du pays n’ont pas ouvert leurs portes jeudi, représentant 9% du corps électoral.
Dans un énième rebondissement, et face aux heurts de vendredi dans plusieurs places fortes de l’opposition et les menaces pesant, selon elle, sur son personnel, la Commission électorale a décidé in extremis vendredi soir d’annuler la tenue du vote initialement prévue samedi dans ces quatre comtés, et de le reporter à une date non précisée. Elle devrait préciser dimanche sa décision quant à l’organisation de ce vote.
Mais selon la loi électorale, « la Commission peut, si elle estime que le résultat des élections ne sera pas affecté par le vote dans les zones où une nouvelle date a été fixée, procéder à une déclaration (des résultats, NDLR) des élections ». Ce qui ne manquerait pas d’exacerber les griefs d’une opposition qui dénonce un scrutin tout sauf crédible.
– Quels sont les délais imposés par la loi ? –
Les résultats doivent être annoncés dans les 7 jours suivant l’élection, soit d’ici le jeudi 2 novembre à minuit.
Après un recours de l’opposition, la Cour suprême du pays avait invalidé le 1er septembre pour « irrégularités » la réélection le 8 août du président sortant Uhuru Kenyatta (donné vainqueur avec 54,27% des voix, contre 44,74% pour M. Odinga) et ordonné l’organisation d’un nouveau scrutin, une première en Afrique.
Selon cette décision de la Cour suprême, la nouvelle présidentielle devait se tenir dans les 60 jours, comme prévu par la Constitution, soit d’ici mardi prochain au plus tard.
– L’élection peut-elle faire l’objet de recours ? –
Il est très probable que le scrutin fasse l’objet de recours, comme cela s’était passé pour les élections générales du 8 août, qui ont été accompagnées de nombreuses procédures.
En outre, la Cour suprême doit théoriquement toujours se prononcer sur un recours qui avait été déposé en dernière minute par trois militants des droits de l’Homme qui souhaitaient un report de 90 jours maximum de l’élection du 26 octobre, estimant que le Kenya et sa Commission électorale n’étaient pas prêts à organiser ce scrutin.
Le 25 octobre, le président de la Cour avait annoncé que l’institution n’était pas en mesure d’examiner ce recours et que cet examen était repoussé à une date ultérieure non précisée. Un juge était malade, un autre n’avait pu prendre un avion pour venir à Nairobi, deux n’avaient « pas été capables de venir à la Cour », et la numéro 2 de la Cour suprême, Philomena Mwilu, ne pouvait être présente après que son garde du corps et chauffeur eût été grièvement blessé par balles la veille en pleine capitale…
Mais au vu du contexte politique et sécuritaire de plus en plus tendu, il est difficile de savoir quelle sera l’attitude des juges de la Cour suprême vis-à-vis de ces probables recours. Ils ont été sous le feu des critiques et de menaces après le pavé dans la mare de l’annulation de la réélection de M. Kenyatta. Le président sortant les avait même qualifiés d' »escrocs ».