Posted On octobre 26, 2017 By In Non classifié(e) With 385 Views

Kenya: une élection sous forte tension et boycottée par l’opposition

Nairobi, 26 oct 2017 (AFP)

Les Kényans se rendent aux urnes jeudi dans une atmosphère extrêmement tendue, le président sortant Uhuru Kenyatta étant assuré d’être réélu face au boycottage de l’opposition, qui entame la crédibilité d’une élection susceptible de déboucher sur une longue période d’instabilité.
Quelque 19,6 millions d’électeurs inscrits sont en théorie attendus dans les 40.883 bureaux de vote du pays. Mais ils seront bien moins nombreux à se déplacer, le leader de l’opposition, Raila Odinga, ayant appelé chacun à rester “chez soi”.
Ce nouveau scrutin a été convoqué après l’annulation le 1er septembre par la Cour suprême de l’élection du 8 août, à l’issue de laquelle M. Kenyatta avait été proclamé vainqueur avec 54,27% des voix, contre 44,74% à M. Odinga.
La Cour avait justifié cette décision, inédite sur le continent, par des irrégularités dans la transmission des résultats. Exonérant les différents candidats, elle avait fait porter le blâme de ce scrutin “ni transparent, ni vérifiable” par la Commission électorale (IEBC).
Galvanisé par ce jugement, M. Odinga, 72 ans, déjà trois fois candidat malheureux à la présidence (1997, 2007, 2013), a fait pression pour obtenir une réforme de cette Commission, à coups de manifestations et de recours en justice.
– ‘Nous resterons à la maison’ –
Mais si l’IEBC a entrepris quelques timides changements, l’opposition continue d’estimer qu’elle reste acquise au pouvoir. Le président de la Commission, Wafula Chebukati, avait lui-même accrédité cette idée la semaine passée en admettant qu’il ne pensait pas l’IEBC en mesure de garantir un scrutin crédible.
C’est pour cette raison que, le 10 octobre, M. Odinga a annoncé son retrait de l’élection. Il ne l’a toutefois jamais formalisé, ce qui fait qu’un bulletin portant son nom sera bien à disposition des électeurs, avec ceux de M. Kenyatta et des six autres candidats mineurs.
Dans l’ouest du pays, majoritairement peuplé par l’ethnie luo de M. Odinga, les bureaux de vote devraient donc rester très largement vides. Le personnel électoral y a subi des intimidations ces derniers jours et pourrait ne pas se déplacer, pour éviter d’être agressé.
Dans cette région les électeurs devraient massivement obéir à “Baba” (“Papa” en kiswahili), le surnom de M. Odinga. “Nous ne voulons pas d’élections, nous resterons à la maison. Pourquoi se battre pour quelque chose qu’on ne veut pas et risquer d’être atteint par les balles d’une police criminelle”, a lancé à l’AFP l’un d’entre eux, Gordon Oyeke, un moto-taxi de 35 ans, à Kisumu (ouest).
Dénonçant la “dictature” qui s’est abattue sur le Kenya, Raila Odinga a appelé de ses voeux mercredi la création d’un “Mouvement national de résistance” contre “l’autorité illégitime du gouvernement”. Mais l’opposition doit encore prouver sa capacité à mobiliser.
De fait, les manifestations qu’elle a organisées depuis l’annulation du premier scrutin ont peu rassemblé dans l’ouest du pays, et quasiment pas du tout ailleurs. Les gens se sont vite lassés d’une crise qui a affecté leur pouvoir d’achat et le dynamisme de l’économie kényane, et craignent pour leur sécurité.
Le pays sera jeudi en état de sécurité maximale, alors qu’au moins 40 personnes ont été tuées depuis le 8 août, la plupart dans la répression brutale des manifestations par la police, selon les organisations de défense des droits de l’Homme.
“Inquiets”, les Etats-Unis ont appelé mercredi les Kényans à “garder leur calme (et) rejeter la violence”, via la porte-parole de la diplomatie américaine, Heather Nauert.
Le résultat de cette nouvelle élection ne fait pas l’ombre d’un doute. Uhuru Kenyatta, fils du père de l’indépendance du pays, Jomo Kenyatta, devrait être proclamé vainqueur avec un score écrasant jeudi, le jour de son 56e anniversaire.
– Déficit démocratique –
Mais il souffrira d’un fort déficit démocratique. Et sa réélection, avant d’être officialisée, promet d’être soumise à une multitude de recours en justice, qui risquent de saper encore plus son autorité.
Dans cette perspective, la journée de jeudi n’est pas sans enjeu pour M. Kenyatta, leader de l’ethnie kikuyu, la plus nombreuse et influente du pays. Avec son vice-président, William Ruto, il a fait campagne par monts et par vaux pour vanter son bilan.
Quelque 15,6 millions de personnes avaient voté lors de l’élection du 8 août, et 8,2 avaient porté leur voix sur M. Kenyatta. Il ambitionne cette fois-ci d’approcher les 10 millions de voix, ce qui renforcerait sa légitimité, même si l’opposition ne manquera pas de mettre en doute le résultat.
Accusé de vouloir faire taire les voix discordantes au sein de la société civile et de la magistrature, M. Kenyatta s’est voulu rassembleur mercredi soir, appelant ses concitoyens à “faire prévaloir la paix lors de l’exercice de (leur) droit constitutionnel de choisir” leur futur président.
Mais il lui faudra faire d’autres gestes d’apaisement pour mettre fin à une crise politique ayant une nouvelle fois mis en lumière les profondes divisions sociales, géographiques et ethniques qui traversent le Kenya et ses quelque 48 millions d’habitants.

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