Posted On août 28, 2017 By In Non classifié(e) With 279 Views

Kenya/présidentielle: la Cour suprême examine le recours de l’opposition

Nairobi, 28 août 2017 (AFP)

La Cour suprême du Kenya a commencé lundi à examiner sur le fond le recours pour irrégularités déposé par l’opposant Raila Odinga qui conteste la réélection du président sortant Uhuru Kenyatta lors du scrutin du 8 août.
L’opposition, qui estime que l’élection a été entachée de nombreuses fraudes, avait saisi la Cour suprême le 18 août. L’instance, composée de sept juges, dispose de 14 jours à compter de cette date, soit jusqu’au vendredi 1er septembre, pour rendre son avis qui est définitif.
Après une semaine consacrée au dépôt par écrit des arguments de la coalition d’opposition Nasa, et des contre-arguments de la Commission électorale (IEBC) et de M. Kenyatta, l’équipe juridique de M. Odinga a commencé lundi à exposer ses griefs.
“Une élection doit être conduite conformément à la loi” et les irrégularités constatées “ne peuvent pas être considérées comme des offenses mineures”, a déclaré James Orengo, l’avocat principal de l’opposition, qui est aussi l’un des hauts dirigeants de Nasa.
Un important déploiement policier entourait la Cour située dans le centre-ville de Nairobi, toutes les rues attenantes étant bloquées. Une centaine de personnes étaient rassemblées à l’intérieur, dont les principales figures de Nasa: Raila Odinga, Kalonzo Musyoka, Musalia Mudavadi et Moses Wetangula.
Soit la cour valide l’élection et M. Kenyatta, 55 ans, sera investi une semaine plus tard pour un second mandat de cinq ans. Soit elle annule le scrutin, et l’IEBC disposera de 60 jours pour organiser une nouvelle élection présidentielle.
– Violences policières –
Nasa conteste la réélection de M. Kenyatta, déclaré vainqueur le 11 août avec 54,27% des voix contre 44,74% à M. Odinga, qui se représentait, à 72 ans, pour la quatrième fois après avoir déjà échoué en 1997, 2007 et 2013.
L’annonce de la victoire de M. Kenyatta avait déclenché deux jours de manifestations et d’émeutes implacablement réprimées par la police dans des bidonvilles de Nairobi et dans l’ouest du pays, des bastions de l’opposition.
Au moins 21 personnes, dont un bébé et une fillette de neuf ans, ont été tuées les 11 et 12 août, pour l’essentiel par la police, selon un nouveau bilan de l’AFP établi à partir de sources policières, hospitalières et d’un rapport de Human Rights Watch.
Dans ce rapport publié lundi, HRW a estimé que l’élection avait été “marquée par de graves violations des droits de l’homme, dont des meurtres illégaux et passages à tabac par la police lors de manifestations et d’opérations de fouille des maisons dans l’ouest du Kenya”.
Les observateurs craignent que de nouvelles violences n’éclatent si la Cour suprême donne tort à M. Odinga, comme elle l’avait fait en 2013, lorsque celui-ci avait déjà contesté la victoire de M. Kenyatta.
Pour l’opposition, le scrutin présidentiel a été “si mal conduit et entaché de tellement d’irrégularités qu’il importe peu de savoir qui a gagné ou qui a été déclaré vainqueur”, selon son argumentaire écrit.
– Des erreurs ‘délibérées’ –
Nasa estime que le processus de compilation et de vérification des résultats a été marqué par des erreurs et incohérences “délibérées et calculées”, qui affectent les résultats portant sur “au moins 7 millions de voix”, soit plus du tiers des inscrits.
Elle considère que les résultats transmis via le système électronique de l’IEBC diffèrent de manière substantielle de ceux provenant des procès-verbaux issus des bureaux de vote et des circonscriptions, les seuls à faire foi au regard de la loi.
La Commission avait dès le 8 août au soir commencé à diffuser des résultats provisoires transmis électroniquement, qui avaient aussitôt donné une large avance à M. Kenyatta. Nasa déplore que ces résultats, perçus à tort comme officiels, aient accrédité l’idée d’une victoire inéluctable du président sortant.
L’IEBC explique pour sa part que les données électroniques n’étaient que des “statistiques” n’ayant pas valeur de résultats. S’il y a des divergences avec les procès-verbaux – ce qu’elle conteste – elles ne peuvent relever que “d’erreurs humaines commises par inadvertance” qui “n’ont pas sensiblement influencé le résultat” final.
La matinée n’a pas mal commencé pour l’opposition qui a été autorisée par la Cour à accéder à tous les serveurs du système électronique de l’IEBC, ses pare-feux, les données GPS des kits de collecte et transmission des résultats, ainsi que les copies originales des procès-verbaux.
Dès le lendemain de l’élection, Nasa avait multiplié les accusations de fraude, pointant du doigt le système électronique qu’elle avait, ironie du sort, tout fait pour promouvoir dans l’espoir d’éviter les fraudes.

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