Rabat, 22 avr 2017 (AFP)

Le Maroc a accusé l’Algérie d’avoir expulsé vers sa frontière un groupe de 55 Syriens, dont des femmes et des enfants « dans une situation très vulnérable », pour « semer le trouble » sur la frontière et « générer un flux migratoire incontrôlable ».
Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur marocain publié vendredi soir, ces Syriens ont été « expulsés » par l’Algérie dans la zone frontalière maroco-algérienne, près de la ville de Figuig (nord-est), « contrairement aux règles de bon voisinage prônées par le Maroc ».
Interrogée au téléphone par l’AFP, une source associative à Figuig, qui a requis l’anonymat, a précisé que les migrants syriens étaient toujours coincés samedi dans un no man’s land entre les deux pays, sans accès à de l’eau ou de la nourriture.
La frontière terrestre entre les deux pays rivaux du Maghreb est fermée depuis 1994.
Selon Rabat, les autorités algériennes ont « autorisé » les Syriens à atteindre la zone frontalière répartis « en plusieurs groupes depuis la nuit du 17 avril » puis les ont « encerclés » pour les forcer à quitter le territoire algérien.
Les autorités marocaines « dénoncent les comportements inhumains des autorités algériennes à l’encontre de ces immigrants », des « femmes et d’enfants dans une situation très vulnérable », forcés d’effectuer ce périple avec les « contraintes » du relief accidenté et la forte chaleur.
Dans un communiqué publié samedi soir, le ministère marocain des Affaires étrangères a « exprimé sa profonde préoccupation », indiquant avoir « fait part à l’ambassadeur d’Algérie à Rabat des témoignages et des photos attestant irréfutablement que ces personnes ont traversé le territoire algérien avant de tenter d’accéder au Maroc » avec l’assentiment des autorités algériennes.
« L’Algérie doit assumer sa responsabilité politique et morale à l’égard de cette situation », selon les Affaires étrangères marocaines.
« Le drame humanitaire que vivent ces populations syriennes ne devrait pas constituer un élément de pression ou de chantage » ou être utilisé pour « semer le trouble au niveau des frontières maroco-algériennes », a-t-on ajouté de même source.
« De telles pratiques n’ont pour objectif que de susciter un effet d’appel et générer un flux migratoire massif et incontrôlable vers le Maroc », accuse encore le texte.
Mi-mars, une association marocaine de défense des migrants, le GADEM, avait fait état du sort d’une trentaine de migrants sub-sahariens arrêtés au Maroc puis bloqués dans le no man’s land entre les deux pays car refoulés des deux côtés.
Le Maroc a adopté en 2013 une nouvelle politique migratoire et a lancé mi-décembre une deuxième campagne de régularisation d’immigrants clandestins, pour la plupart subsahariens.
Les autorités marocaines insistent régulièrement sur le caractère « humain et généreux » de cette politique, en contraste, selon elles, avec la politique migratoire du voisin et grand rival algérien.