Posted On octobre 2, 2017 By In Non classifié(e) With 314 Views

Le Premier ministre à Gaza, test de la réconciliation palestinienne

Beit Hanoun (Territoires palestiniens), 2 oct 2017 (AFP)

Le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah est arrivé lundi dans la bande de Gaza, annonçant le retour le jour même de son gouvernement aux commandes du territoire dirigé jusqu’alors sans partage par le mouvement islamiste Hamas.
M. Hamdallah, accompagné de dizaines de ministres et d’officiels, a foulé pour la première fois depuis 2015 le sol de la bande de Gaza dans une grande confusion.
Reflet des attentes élevées suscitées par ce déplacement dans le territoire éprouvé par les guerres, les blocus et les querelles intestines, des centaines de Gazaouis se sont bousculés pour entendre au plus près le discours prononcé par le Premier ministre au point de contrôle du Hamas à la frontière avec Israël.
Des milliers d’autres se pressaient à l’extérieur de ce point de contrôle, ont constaté des journalistes de l’AFP.
M. Hamdallah a promis la fin des dissensions qui minent l’action palestinienne depuis des années, et le début d’une nouvelle administration du territoire.
“Le gouvernement commence à exercer son rôle à Gaza à partir d’aujourd’hui”, a-t-il déclaré, serré au plus près par ses gardes du corps.
“Nous revenons à Gaza pour mettre fin aux divisions et réaliser l’unité” avec le Hamas, a-t-il dit. La priorité est de “soulager les souffrances des gens de Gaza”.
La visite de M. Hamdallah, est censée matérialiser la réconciliation entre groupes rivaux après une décennie de d’animosité. Elle doit préparer le terrain à un transfert progressif de responsabilités — au moins civiles– du Hamas à l’Autorité palestinienne, dont émane le gouvernement de M. Hamdallah.
– Un quotidien éprouvant –
L’Autorité est l’entité intérimaire internationalement reconnue et supposée préfigurer un Etat indépendant. Le Hamas, considéré comme terroriste par Israël, les Etats-Unis ou l’Union européenne et comme infréquentable par certains pays arabes, l’a évincée de la bande de Gaza en 2007 au prix d’une quasi-guerre civile avec le Fatah, rival qui domine l’Autorité.
Depuis, l’Autorité n’exerce plus son pouvoir, limité, que sur la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 50 ans et distant de quelques dizaines de kilomètres de Gaza à travers le territoire israélien. Le Hamas gouverne sans partage Gaza où vivent deux tiers des Palestiniens des territoires.
Les querelles palestiniennes sont considérées comme l’un des obstacles à un règlement du conflit israélo-palestinien et l’une des causes de la désespérance des deux millions de Gazaouis entassés sur leurs terres coincées entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée.
Le Hamas a fini par accepter en septembre le retour de l’Autorité, sous la pression du grand voisin égyptien, des déconvenues diplomatiques de son allié qatari et d’un sévère tour de vis financier donné par le président de l’Autorité, Mahmoud Abbas, qui a par exemple cessé de payer la facture pour l’électricité fournie par Israël à Gaza.
Les mesures de M. Abbas ont rendu encore plus pénible l’ordinaire d’une enclave soumise aux blocus israélien et égyptien et confrontée au marasme et au chômage, catastrophique chez les jeunes.
Abou Moussa Hamdona, un Gazaoui de 42 ans, salue la venue du gouvernement: “Nous l’appelons à s’occuper des jeunes -c’est le plus important-, à résoudre la crise de l’électricité et à améliorer les conditions de vie des gens de Gaza”.
– Probable ‘duperie’ pour Israël –
Le risque d’une explosion sociale, conjugué à un isolement grandissant et peut-être une approche plus pragmatique de ses dirigeants ont poussé le Hamas à accepter de se raccommoder avec le Fatah, estiment des experts.
Les motifs de circonspection abondent toutefois. Beaucoup d’experts voient dans la bonne volonté du Hamas une manoeuvre tactique pour se défausser d’une situation compliquée.
Ils doutent qu’il cède à l’Autorité le contrôle de la sécurité. L’arrivée de M. Hamdallah à Gaza a été retardée par des bisbilles entre forces de l’Autorité et du Hamas quant aux arrangements sécuritaires, a indiqué une source de sécurité.
Le sort des dizaines de milliers de fonctionnaires recrutés depuis 2007 par le Hamas et leur intégration sont une autre interrogation majeure.
M. Hamdallah doit rencontrer lundi après-midi le chef du Hamas, Ismaël Haniyeh, ainsi que le N.1 du mouvement dans la bande de Gaza, Yahya Sinouar. Il doit diriger un conseil des ministres mardi.
Sa visite est annoncée comme largement protocolaire. Les détails d’un transfert ultérieur de responsabilités doivent être discutés au Caire les jours suivants.
Au-delà se pose la question cruciale de l’acceptation internationale.
L’Autorité reconnaît Israël. Cela reste hors de question pour le Hamas.
Le Hamas est-il prêt à accepter l’existence d’Israël et à renoncer à la lutte armée, s’est interrogé le ministre israélien de la Construction Yoav Galant. “Si la réponse est positive, on peut parler de beaucoup de choses. Si elle est négative, c’est que rien n’a changé et que tout ceci n’est qu’une duperie”, tranche-il.

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