Kinshasa, 11 avr 2017 (AFP)

Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées en République démocratique du Congo lundi, en marge d’une journée de manifestations interdites contre le président Joseph Kabila, a-t-on appris mardi de sources concordantes.
« La police a appréhendé et gardé à vue 34 personnes à Kinshasa: les unes tentaient de braver l’interdiction de la marche, les autres voulaient se livrer à des actes de vandalisme », a déclaré à l’AFP le colonel Pierre-Rombaut Mwanamputu, porte-parole national de la police congolaise.
Rappelé mardi soir par l’AFP, l’officier n’a pas été en mesure de préciser le sort de ces personnes en garde à vue, période que la Constitution congolaise limite à 48 heures.
Sur son blog consacré à la RDC, l’organisation Human Rights Watch (HRW) parle de « plus de 80 personnes » arrêtées par les « forces de sécurité » (police, armée, services intérieurs), à Kinshasa, mais aussi à Bukavu et Kindu (Est), Lubumbashi, Kongolo et Kamina (Sud-Est) et Mbuji-Mayi (centre).
Interrogée mardi soir par l’AFP, l’ONG de défense des droits de l’Homme précise que son chiffre tient compte des personnes relâchées entre-temps et qu’elle n’est pas en mesure d’avancer un chiffre pour les personnes encore détenues.
A Lubumbashi, deuxième ville de la RDC, Hubert Tshisuaka, directeur de l’ONG locale Institut de recherche pour les droits de l’homme (IRDH), a déclaré à l’AFP être sans nouvelles de six personnes sur un groupe de 24 arrêtées la veille.
Toutes les autres « ont été libérées » sauf un « activiste de la société civile », Jean-Pierre Muteba, qui « vient d’être transféré au parquet », a ajouté M. Tshisuaka. Interrogé, le chef de la police provinciale n’a pas souhaité répondre aux questions de l’AFP.
– ‘Rébellion et offense’ –
Selon son avocat, Timothée Mbuya, M. Muteba a été entendu par un magistrat qui a « confirmé sa détention pour rébellion et offense au chef de la police » en attente de son jugement. Me Mbuya, qui conteste ces accusations, affirme que son client a été arrêté violemment dans la rue alors qu’il se rendait seul au domicile d’un opposant.
A Goma (Est), six jeunes qui tentaient d’ériger des barricades dans une rue ont été « brièvement interpellés puis relâchés » lundi, selon une source policière locale.
L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti de l’opposant historique Étienne Tshisekedi décédé en février, avait appelé les Congolais à manifester lundi dans tout le pays. Il voulait obliger M. Kabila, au pouvoir depuis 2001, à appliquer un accord politique signé le 31 décembre dernier pour permettre une sortie de la crise liée au maintien au pouvoir du chef de l’État au-delà de la fin de son mandat le 20 décembre.
M Kabila a 45 ans et la Constitution lui interdit de se représenter.
Il a nommé vendredi un dissident de l’UDPS, Bruno Tshibala, au poste de Premier ministre. L’UDPS et la coalition d’opposition du Rassemblement ont dénoncé cette décision, l’estimant contraire à la lettre et à l’esprit de l’accord de la Saint-Sylvestre, qui prévoit une cogestion du pays jusqu’à la prise de fonctions d’un nouveau président devant être élu avant la fin de l’année.