Posted On novembre 23, 2017 By In Non classifié(e) With 426 Views

Mnangagwa prêt à prendre les rênes d’un Zimbabwe ruiné

Harare, 23 nov 2017 (AFP)

Le successeur du président Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa, s’apprêtait jeudi à prendre les rênes du Zimbabwe avec pour priorité la reconstruction de son économie, sortie exsangue des trente-sept ans du règne de son prédécesseur.
Le nouvel homme fort du pays sera officiellement investi chef de l’Etat vendredi, trois jours après la démission historique du plus vieux dirigeant au monde qui, à 93 ans, a cédé sa place sous la pression de l’armée, de la rue et de son parti.
La cérémonie s’annonce grandiose, le parti Zanu-PF, a convoqué dès 8H30 (6H30 GMT) les “Zimbabwéens de tout bord” dans le National Sports Stadium d’une capacité de 60.000 places.
“Venez et soyez les témoins de l’Histoire en marche, nos premiers pas dans une nouvelle ère et un pays meilleur conduit par notre camarade adoré ED Mnangagwa”, ont proclamé les organisateurs dans une affiche placardée à Harare.
L’armée a elle aussi prédit, dans un communiqué, un “rassemblement massif” et a félicité la population pour son “bon comportement” depuis le début de la crise.
A 75 ans, M. Mnangagwa, un fidèle du régime aux rêves de pouvoir longtemps contrariés, tient sa revanche. Mais le “crocodile”, ainsi qu’il est surnommé par les Zimbabwéens, n’est pas au bout de ses peines.
“Il hérite d’une économie en lambeaux, d’un parti divisé et d’une population qui a de très fortes attentes”, a relevé jeudi dans son éditorial le journal d’opposition NewsDay.
– ‘Nouvelle démocratie’ –
Mercredi, quelques heures après son retour d’un bref exil sud-africain, M. Mnangagwa a réservé son premier discours de futur président à quelques centaines de partisans réunis devant le siège du parti au pouvoir, la Zanu-PF.
“Aujourd’hui, nous sommes les témoins du début d’une nouvelle démocratie”, a-t-il lancé sous les vivats, avant d’appeler “tous les patriotes du Zimbabwe (…) à travailler ensemble”.
“Nous voulons relancer notre économie, nous voulons des emplois”, a promis M. Mnangagwa. “Je me fais le serment d’être votre serviteur”, a-t-il assuré.
Il a été “très clair sur ce dont nous avons besoin: du travail, du travail, du travail. Nous n’avons qu’une chose à ajouter, il faut créer de vrais emplois payés à leur juste valeur”, a commenté jeudi le quotidien d’Etat The Herald.
Avec un taux de chômage estimé à 90%, les Zimbabwéens vivent de petits boulots dans l’économie informelle. D’autres ont émigré, souvent chez le géant sud-africain voisin.
Robert Mugabe a laissé derrière lui une économie détruite par ses réformes dévastatrices. L’activité y tourne au ralenti, l’argent manque et le spectre de l’hyperinflation rode.
Face à cette crise, les attentes de la population sont énormes.
“J’étais presque en pleurs en écoutant notre nouveau président. Il m’a redonné l’espoir”, a confié à l’AFP McDonald Mararamire, un chômeur de 24 ans. “Espérons que ses promesses se concrétisent”.
Longtemps considéré comme le dauphin de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa a été limogé le 6 novembre sur ordre de la Première dame, qui espérait succéder, le jour venu à son mari.
Il avait alors quitté le pays pour des raisons de sécurité.
Son éviction a provoqué dans la nuit du 14 au 15 novembre un coup de force de l’armée, catégoriquement opposée à l’arrivée au pouvoir de l’incontrôlable Grace Mugabe.
– ‘le génie de la lampe’ –
Après avoir résisté plusieurs jours, Robert Mugabe a finalement rendu les armes mardi, sous le menace d’une procédure de destitution lancée par son propre parti.
L’annonce de sa chute a provoqué des scènes de liesse à Harare.
Portraits décrochés, photos masquées, les Zimbabwéens ont vite signifié leur désir de tourner la page.
L’arrivée au pouvoir d’Emmerson Mnangagwa suscite toutefois quelques inquiétudes. Pilier de l’appareil sécuritaire zimbabwéen depuis quatre décennies, il s’est signalé comme le fidèle exécuteur des basses besognes de l’ex-président.
Comme l’a rappelé l’ONG Amnesty International, “des dizaines de milliers de personnes ont été torturées, ont disparu ou ont été tuées” sous l’ère Mugabe.
Prudente, elle aussi, l’opposition a affiché sa préférence pour la mise en place d’un gouvernement d’union nationale jusqu’aux prochaines élections, prévues en 2018.
“Les généraux et Mnangagwa doivent se rendre compte qu’en renversant Mugabe, ils ont aussi fait sortir le génie de la démocratie de sa lampe”, a commenté Peter Fabricius, de l’Institut pour les études de sécurité (ISS) de Pretoria. “Essayer de l’y faire rentrer ne sera pas chose aisée.”
Plus de vingt-quatre heures après sa chute Robert Mugabe et son épouse ne sont pas réapparus publiquement.
Le dernier communiqué de l’armée n’a révélé aucun détail sur le sort qui leur sera réservé.

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