Paris, 27 oct 2017 (AFP)

La justice française a étrillé vendredi, dans son premier jugement dans l’affaire des « biens mal acquis », le « sentiment de protection », « voire d’impunité », qu’a pu ressentir en France Teodorin Obiang, vice-président de Guinée équatoriale, condamné à trois ans de prison avec sursis.
Dans son jugement, consulté par l’AFP, le tribunal correctionnel de Paris a d’abord pointé du doigt la « complaisance » de la Société générale, estimant que les faits de blanchiment reprochés à M. Obiang n’auraient pas « été possibles sans l’intervention notamment » de sa filiale équato-guinéenne, SGBGE.
Selon le tribunal, cette filiale détenue à 42% par la Société générale « a tenu un rôle essentiel » dans des transferts de fonds entre la Guinée équatoriale et des pays européens et les Etats-Unis.
La Société générale n’était pas poursuivie dans cette affaire. Elle avait été placée sous le statut de témoin assisté par le juge chargé de l’enquête.
Toutefois, le tribunal a estimé qu’elle a « permis à tout le moins par son absence de réaction la poursuite de l’infraction pendant plus de sept ans après l’avertissement qu’a constitué » la sanction prononcée en 2004 contre la banque Riggs par les autorités américaines, en lien avec des soupçons de blanchiment concernant des comptes de la famille Obiang et de l’ambassade de Guinée équatoriale.
Les juges ont également pointé le rôle de la Banque de France, par laquelle ont transité des dizaines de millions de dollars de Teodorin Obiang et qui a ainsi « joué entre 2005 et 2011 un rôle déterminant dans les acquisitions de biens immobiliers et mobiliers » du dignitaire en France.
« L’attitude » de la Société générale et de la Banque de France « pendant de nombreuses années » a pu « laisser penser » au prévenu qu’il « existait en France une forme de tolérance à l’égard de ces pratiques », estiment les juges.
Ainsi, les magistrats ont estimé que la peine – trois ans de prison avec sursis, 30 millions d’euros d’amende avec sursis et confiscation de tous les biens saisis – « doit être essentiellement un avertissement » tant à Teodorin Obiang « qu’aux autres membres du corps social susceptibles d’être impliqués dans des faits de blanchiment ».