Posted On août 4, 2017 By In Non classifié(e) With 353 Views

Présidentielle au Rwanda: Paul Kagame vers une victoire écrasante

Kigali, 4 août 2017 (AFP)

Le chef de l’Etat sortant Paul Kagame, qui dirige le Rwanda d’une main de fer depuis 23 ans, se dirige vers une victoire écrasante à l’élection présidentielle, selon les premiers résultats partiels divulgués vendredi soir.
La Commission électorale (NEC) a publié dans la soirée des résultats portant sur 20% des bulletins dépouillés qui donnent M. Kagame très largement en tête avec 98,75% des suffrages exprimés, devant l’indépendant Philippe Mpayimana (0,73%), et Frank Habineza, Parti démocratique vert, leader du seul parti d’opposition au Rwanda (0,27%).
La NEC, qui donnait les résultats au compte-gouttes, a donné une estimation de la participation avoisinant les 97%. Quelque 6,9 millions de Rwandais étaient inscrits sur les listes électorales et répartis dans 2.343 bureaux à travers le pays.
M. Kagame, homme fort du pays des mille collines depuis qu’il a mis fin au génocide en 1994, a notamment obtenu 99,63% des voix dans son district de Nyarugenge (centre).
Alors que le scrutin s’est déroulé dans le calme, plusieurs centaines de personnes attendaient dans la soirée à Kigali les résultats devant un écran géant installé dans un gymnase proche du stade national de la capitale.
– ‘Un homme exceptionnel’ –
“Nous fêtons Paul Kagame”, a lancé un jeune homme dansant au rythme d’une musique pop assourdissante. “Un bon résultat c’est le FPR de Paul Kagame, mais on est confiant, il va gagner”, a confié un autre, Bruce Iraguha, 22 ans.
Les premiers chiffres ne faisaient que confirmer la victoire annoncée de M. Kagame, 59 ans, un visionnaire pour les uns, un despote pour les autres, qui briguait un troisième mandat de sept ans.
Ses deux adversaires étaient passés quasiment inaperçus dans une campagne phagocytée par le Front patriotique rwandais (FPR), parti contrôlant toutes les sphères de la société de ce petit pays de la région des Grands Lacs.
Paul Kagame “a libéré le pays, il a stabilisé le pays, et maintenant on peut marcher dans tout le pays nuit et jour sans problème”, a expliqué Jean-Baptiste Rutayisire, un entrepreneur de 54 ans, qui a voté dans le même bureau du centre de Kigali que le président.
“Il a fait beaucoup pour le pays et il continue (…), c’est un homme exceptionnel”, a-t-il ajouté, en avouant ne pas connaître MM. Mpayimana et Habineza.
Conscient de n’avoir quasiment aucune chance de l’emporter, M. Habineza s’est cependant réjoui que pour “la première fois depuis 23 ans un parti d’opposition se trouve sur les bulletins de vote”, dans un entretien téléphonique vendredi avec l’AFP. Dans le Rwanda post-génocide, seuls des candidats indépendants ou alliés à M. Kagame avaient jusque-là pu se présenter à l’élection présidentielle.
– Opposition de ‘façade’ –
En amont du scrutin, MM. Habineza et Mpayimana s’étaient plaints de nombreuses difficultés, dont le peu de temps à leur disposition pour lever des fonds et faire campagne.
Lors d’un récent meeting, M. Habineza avait assuré à l’AFP que placarder les couleurs de son parti avait été un vrai défi: “On nous a dit qu’on ne pouvait pas mettre nos drapeaux là où le FPR avait mis les siens, mais malheureusement le FPR a mis les siens partout!”.
La victoire de M. Kagame ne semblait faire aucun doute depuis le plébiscite par référendum en décembre 2015 – 98% des voix – d’une modification de la Constitution, critiquée par les observateurs, lui permettant de briguer un nouveau mandat de 7 ans et potentiellement de diriger le pays jusqu’en 2034.
Paul Kagame est l’homme fort du Rwanda depuis que le FPR a renversé en juillet 1994 le gouvernement extrémiste hutu ayant déclenché un génocide qui a fait 800.000 morts entre avril et juillet 1994, essentiellement parmi la minorité tutsi.
Il a d’abord été vice-président et ministre de la Défense, dirigeant de facto le pays, avant d’être élu président en 2000 par le Parlement. En 2003 et 2010, il a été reconduit au suffrage universel avec plus de 90% des voix.
M. Kagame est crédité du spectaculaire développement, principalement économique, d’un pays exsangue au sortir du génocide. Mais il est aussi accusé de bafouer la liberté d’expression et de réprimer toute opposition.
De nombreuses voix critiques ont été emprisonnées, forcées à l’exil et pour certaines assassinées. Des observateurs assurent que les candidatures de MM. Habineza et Mpayimana ne sont qu’une “façade” à destination de la communauté internationale.
Selon Robert Mugabe, un des rares journalistes rwandais ouvertement critiques, “il n’y a pas d’élection au Rwanda, juste un couronnement”.

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