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Posted On octobre 2, 2022 By In _news-slider, Nouvelles With 0 Views

Quel rôle pour l’Italie dans le cadre de l’écosystème mondial pour l’innovation

On n’a pas beaucoup parlé d’innovation au cours de la campagne électorale italienne.

On pourra objecter que les différents programmes électoraux n’ont pas manqué de propositions.

Mais ce thème-là, pourtant décisif à l’échelle internationale, n’a jamais été au centre du débat.

Plus que tout autre chose, en revanche, il a manqué (et manque) une vision organique sur le rôle que l’Italie peut et doit jouer dans le contexte le plus large de l’écosystème mondial de l’innovation.

L’impression est que personne ne se pose cette question.

Essayons de développer un soupçon de proposition que l’on pourrait résumer en une formule : « la doctrine de la pertinence et de l’entreprise à long terme ».

Francesco Cicione

de Francesco Cicione

Président d’Entopan et Fondateur de Harmonic Innovation Hub.

  1. ET POURTANT, ON INNOVE

Pour différentes raisons, en particulier lors des dernières décennies, une approche prescriptive (et non générative) de la construction du futur s’est consolidée en Italie.

Nous sommes l’État « moderne » avec la plus importante production normative au monde : on compte aujourd’hui près de 110 000 lois nationales (auxquelles viennent s’ajouter celles régionales et locales), contre environ 3000 en Grande-Bretagne, 6000 en Allemagne et 7000 en France.

La culture du « texte » gagne face à celle du « contexte ».

Un bourbier inextricable qui, au lieu de libérer des énergies, bloque, n’apporte aucune certitude et nous rend tous vulnérables et exposés à des interprétations changeantes ou superficielles.

Notamment sur les thèmes de l’innovation, où nous assistons à de véritables paradoxes de contenu, de méthode et de vision : l’applicabilité du Code de la crise d’entreprise à la start-up ; la difficulté, dans la pratique, à consolider pour les activités de recherche et de développement la référence au Manuel d’Oslo et au critère Kline-Rosenberg récemment introduits dans la structure législative italienne ; l’impossibilité de simplifier et de débureaucratiser (même à travers la création de sandbox dédiées).

À cela s’ajoute également, à titre subsidiaire, un problème dimensionnel évident : de marché, de ressources, d’infrastructures.

Mais alors pourquoi, malgré tout cela, peut-on dire que « et pourtant, on innove » ?

Luca De Biase a essayé de se pencher sur ce thème dans son dernier ouvrage littéraire.

Si on devait essayer de répondre à ces questions en puisant dans l’expérience de l’Harmonic Innovation Hub dans lequel nous sommes engagés, on pourrait essayer de dire deux choses très simples :

  1. l’innovation est un effort contre-intuitif et possibiliste (anarchique, courageux et généreux) visant à créer des discordances cognitives, méthodologiques, culturelles, économiques, sociales et institutionnelles dans des contextes d’habitude. Nécessairement par un investissement patient et à long terme qui évite les mesures et les revenus à court terme ;
  2. là où les obstacles sont plus importants, on accumule d’autant plus de potentiel de changement latent. C’est comme une onde chaude, profonde et submergée, une énergie cachée qui a simplement besoin de points de fuite pour émerger et libérer, périodiquement, son potentiel.

Il nous semble que ces deux aspects racontent et résument efficacement et essentiellement la spécificité ou, mieux encore, le paradoxe purement italien dans la manière d’innover.

C’est un chemin en éternel équilibre instable entre fragilité du système dans son ensemble et excellence de nombreuses expériences ; entre ordre et désordre ; entre normativité et créativité ; entre rigidité et générativité ; entre l’économique, le politique et le spirituel (pour le dire avec les mots de Feuerbach).

Il est question d’une « innovation par réaction » qui, inévitablement, génère une fonction de l’innovation qui est discontinue et non linéaire, ponctuelle et non intégrale.

Ce n’est pas un hasard si on parle toujours du « génie italien » et non du « système italien ».

On peut donc dire qu’en Italie l’innovation coïncide avec les « personnes » et non pas avec les « organisations » (publiques ou privées).

Des « personnes » qui deviennent ensuite des « communautés » : des communautés stables qui permettent l’évolution durable de l’identité locale et de la compétence industrielle étendue en construisant des relations, réseaux entre les contextes, savoirs, identités et connaissances.

C’est l’Italie du « savoir-faire », de la « créativité » qui devient méthode, de la culture du projet et du produit, des entreprises familiales, des champions de notre manufacture et de notre design industriel qui sont nos véritables et authentiques « licornes ».

Un « modèle » qui est constamment alimenté non pas par la force d’un « système » mais par l’élan intérieur de l’« individu ».

C’est le « travail spirituel » qui appelle l’éthique de la responsabilité personnelle.

Telle est la perspective suggérée dans le célèbre discours de Périclès aux Athéniens : être individuellement penseurs et créateurs de kalos, de beauté, d’harmonie, de vérité.

C’est, plus que tout, la sagesse de la « parabole des talents ».

Cela fait de l’entrepreneur, du manager et de l’innovateur, avant toute autre chose, un mystagogue et un ascète (parfois même inconsciemment) : il n’y a qu’en progressant spirituellement que l’on pourra contribuer au progrès matériel.

Car comme disait Wiener : « L’innovateur doit être doté de conscience et d’esprit de dévotion, mais également de cet élan intérieur qui fait qu’il ne se contentera jamais d’autre chose que le meilleur travail qu’il puisse accomplir grâce à ses capacités. Cet esprit de mission peut être très éloigné de toute religion officielle, mais il renferme en soi ce qu’est la substance de la religion. La parole tue, mais l’esprit illumine. »

Pour ces raisons, il n’est donc pas garanti que le « modèle italien » devienne un jour un « système » (une occasion à ne pas perdre, probablement, est l’éventuelle intégration dans le « système européen »).

Mais, pour être tout à fait honnête, il se pourrait que ça ne soit pas plus mal ainsi.

  1. ÊTRE PERTINENTS : UNE VOIE ITALIENNE À L’INNOVATION

Ces derniers mois, Alain Godard, numéro un du Fonds européen d’investissement, a mis en évidence la forte limite dimensionnelle du venture capital européen par rapport aux termes des benchmarks mondiaux les plus efficaces.

En se concentrant sur l’Italie, le problème s’accentue.

Depuis longtemps, de nombreuses voix s’élèvent pour demander au gouvernement de s’engager à réduire ce retard en obtenant des fonds toujours plus importants.

Il s’agit, certes, d’une initiative utile, mais probablement insuffisante.

Seulement ces derniers mois, en effet, la France, l’Allemagne et le Japon ont annoncé, respectivement, des plans publics en soutien aux politiques d’innovation pour un montant d’environ 10 Md, 30 Md et 1500 Md, tandis que la Chine et les USA poursuivent dans le sillage de puissants programmes d’investissement public déjà engagés depuis des décennies, auxquels s’ajoutent des interventions privées non moins importantes.

Et puis, toujours sur le plan dimensionnel, il ne faut pas oublier que le marché interne italien est trop petit pour garantir de vraies opportunités de mise à l’échelle.

En résumé : nous risquons de nous auto-condamner à un élan éternel, infructueux et désespéré capable, peut-être, de produire des résultats ponctuels uniquement.

C’est alors à se demander : est-il possible de construire une stratégie alternative visant à promouvoir un projet de système en mesure de mettre en place et consolider un leadership mondial de l’Italie dans le domaine de l’innovation ?

Nous faisons une proposition qui peut paraître inédite (si ce n’est irréaliste et absurde) : faire passer le focus du concept de « dimension » au concept de « pertinence ».

S’entêter dans un élan d’ordres de grandeur, mesures et modèles qui ne sont pas les nôtres pourrait en effet s’avérer être une grave erreur de vision.

L’expérience nous apprend que c’est sur d’autres plans que l’Italie a toujours remporté et pourra encore remporter le défi : des ressources intangibles et des stratégies à long terme.

L’Italie peut et doit exprimer sa vision originale.

L’Italie peut et doit être le « géant » sur lequel se reposent les « nains » pour regarder l’horizon du futur, en contaminant de « sens » et de « perspective » les « modèles » isotropes, homogènes et indifférenciés de la modernité, stériles et arides, visant à maximiser uniquement les performances quantitatives.

Être pertinents, en somme : pour les principaux grands acteurs mondiaux, pour les fonds d’investissement internationaux les plus importants, pour les meilleures growth & late-stage companies mondiales.

Nous devons « attirer » et « inclure » plutôt que « poursuivre » et « rivaliser ».

Pour devenir l’écosystème des écosystèmes du monde entier, pour jouer un rôle de connexion et d’orientation utile pour trouver le juste milieu entre tradition et innovation ; entre passé, présent et futur ; entre vitesse, objectifs, territoires et modèles différents.

C’est là notre spécificité, notre trésor, la ressource sur laquelle construire le positionnement de notre pays sur l’échiquier mondial de l’innovation.

Le « modèle italien » entretient un « mystère » fait de lenteur et de profondeur dans une époque rapide et superficielle.

Un « mystère » profondément ancré dans la tradition plurimillénaire de la sagesse primitive et de la culture classique et, pour cela, capable de faire comprendre, même dans des contextes industriels et innovants, la valeur de la longévité et de la stabilité (pluriséculaire) en alternative aux modes passagères et parfois éphémères.

Un « mystère » qui est devenu une compétence irremplaçable et une tradition, et qui a déjà donné vie, depuis longtemps et avant qui que ce soit d’autre (ne l’oublions jamais !), à nos « licornes » : les champions de notre manufacture et de notre design industriel et culturel.

Personne au monde ne peut vraiment rivaliser sur ce plan-là.

Nous ne pouvons donc pas et ne devons pas renoncer à la nécessité de comprendre et de valoriser ce que nous n’avons pas encore compris, même à propos de nous-mêmes.

C’est ce véritable humanisme numérique.

C’est ce qui rend l’Italie importante et unique.

C’est ce qui lui confère une mission irremplaçable.

  1. L’ENTREPRISE À LONG TERME

À une époque marquée par des transformations sans précédents dans l’histoire de l’humanité en termes d’intensité, d’ampleur, de profondeur et de vitesse, au point d’en retenir qu’il s’agit d’un changement d’époque plutôt que d’une époque de changements, il serait nécessaire de faire la distinction entre (i) l’innovation pour la compétitivité (competitive innovation) et (ii) l’innovation pour les impacts (impact innovation).

Même si elles nécessitent toutes deux d’être mises en place selon une vision harmonieuse (harmonic innovation), certaines différences substantielles émergent clairement.

La première (la competitive innovation) exprime une pensée rapide, raisonne quant à des objectifs et rendements à court terme et se propose de créer de bons capitalistes (speed thinking ou capitalism thinking) : il est donc juste qu’elle soit soumise aux contraintes imposées par le contexte de marché (d’entreprise, industriel et financier).

La deuxième (l’impact innovation), au contraire, exprime une pensée lente, vise des objectifs et des rendements à long terme et se propose de créer de bons ancêtres (slow thinking ou cattedral thinking) : il est donc nécessaire qu’elle soit libre et affranchie de toute contrainte afin de se projeter de manière efficace, efficiente et effective dans une perspective de progrès intergénérationnel (socio-économique, environnemental et culturel).

On pourrait souligner que l’une n’exclut pas l’autre et que les deux perspectives pourraient utilement essayer de coexister : au fond, n’est-ce pas là la logique de la triple bottom line qui vise à faire converger le profit (profit), les personnes (people) et la planète (planet) dans une même perspective de croissance durable ?

En se penchant davantage sur la question, cependant, il n’est pas difficile de comprendre que cette convergence n’est en fait pas si simple.

S’il peut d’un côté être possible (et également utile) d’intégrer et/ou concilier les exigences du profit avec celles de la planète et des personnes, l’inverse est en revanche beaucoup plus difficile.

Si on souhaite vraiment placer au centre les besoins de changement positif de la planète et des personnes, il est nécessaire d’agir sans intérêts à court terme.

C’est une question de priorités.

Pour cette raison, dans l’histoire de ces derniers siècles, ce sont les grandes institutions civiles et religieuses et les familles de mécènes importantes qui ont toujours assumé cette responsabilité.

Depuis que les grandes institutions civiles et religieuses et les familles de mécènes importantes ont cessé d’assumer cette responsabilité, le monde est devenu plus vulnérable, fragile et incertain.

Il est nécessaire de recommencer, tant dans le cadre institutionnel que dans le cadre de l’entreprise.

Si possible en faisant converger les sciences sociales et les politiques publiques avec les sciences de l’entreprise et de l’innovation.

L’histoire nous a appris qu’il s’agit de la bonne voie à suivre.

Les « entreprises de long terme » ne subissent pas l’usure du temps.

Ces dernières vivent pour créer la vie et ont toujours démontré être capables de générer de la valeur répandue à long terme, en entretenant et en mettant en place, en même temps, le « savoir solide » dont on a toujours besoin, ainsi que la « mémoire éternelle » de ceux qui ont rendu cela possible.

Les exemples sont infinis.

Sommes-nous prêts et disponibles pour nous engager sincèrement dans la construction d’une vision si audacieuse et contre-intuitive, mais à la fois si impérative ?

Sommes-nous prêts à promouvoir la naissance d’entreprises et de centres de compétence affranchis du joug de toute anxiété commerciale et bureaucratique pour garantir liberté, continuité, stabilité et qualité aux lieux dans lesquels on travaille à la construction d’un futur meilleur ?

Les grandes institutions civiles et religieuses, les familles de mécènes importantes et les fondations philanthropiques voudront-elles se réapproprier cette responsabilité qui leur est confiée, depuis toujours, par l’Histoire ?

L’Harmonic Innovation Hub, et la structure sociétaire qui le soutient, en tant que projection opérationnelle de l’idée d’innovation harmonieuse, tente de mettre en place et de promouvoir cette configuration et souhaite que tous ceux qui ont historiquement soutenu ces processus y convergent rapidement.

De quelles manières ?

En impliquant, en soutien à Harmonic Innovation Hub, avec une perspective à long terme, les grandes institutions locales et nationales, ainsi que les familles de mécènes importantes et les fondations philanthropiques de l’Atlantique et de la région EUMENA (Europe, Moyen-Orient et Afrique du Nord).

De plus, en impliquant des fonds d’investissement patients dans des programmes projetés sur au moins dix ans et basés sur la valorisation progressive (également dans une perspective de sortie) des actifs immatériels et stratégiques, et non des revenus du marché.

Pour atteindre ces objectifs, la mise en place d’un modèle écosystémique est fondamentale.

C’est un défi difficile.

Mais un défi nécessaire.

Et c’est peut-être le défi que l’Italie peut et doit se lancer à l’échelle mondiale pour les prochaines décennies.

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