Posted On avril 7, 2017 By In Non classifié(e) With 544 Views

RDC : Kabila nomme l’opposant Bruno Tshibala Premier ministre

Kinshasa, 7 avr 2017 (AFP)

Le président congolais Joseph Kabila a nommé vendredi l’opposant Bruno Tshibala Premier ministre, mettant fin à plusieurs mois de blocage dans l’application d’un accord censé sortir la République démocratique du Congo de la crise politique, sans pour autant la résoudre.
L’ordonnance portant nomination de M. Tshibala, vieux compagnon de route de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, décédé le 1er février, a été lue à l’ouverture du journal de 20h00 (19h00 GMT) de la télévision publique.
La nomination de M. Tshibala, âgé de 61 ans, découle d’un accord conclu le 31 décembre entre l’opposition et la majorité après les violences meurtrières ayant émaillé la fin du mandat de M. Kabila, qui a expiré le 20 décembre.
Au pouvoir depuis 2001 et âgé de 45 ans, M. Kabila est resté en fonctions après cette date en vertu d’un arrêt controversé de la Cour constitutionnelle, alors que la Constitution lui interdit de se représenter.
Porte-parole du “Rassemblement” constitué autour de Tshisekedi, M. Tshibala a contesté la légitimité du fils Tshisekedi, Félix, à la tête de cette coalition après la mort de son père. Il a été exclu fin février, du Rassemblement et de l’UDPS, le parti fondé par Tshisekedi, dont il était l’un des principaux dirigeants.
Juriste de formation, M. Tshibala a connu l’exil et la prison sous la dictature de Mobutu (1965-1997). Il a été emprisonné plusieurs semaines de nouveau après les violences ayant éclaté à Kinshasa les 19 et 20 septembre autour de la contestation du report de la présidentielle. Le pouvoir l’avait alors accusé d’être un des instigateurs d’un “mouvement insurrectionnel”.
Il remplace à la tête du gouvernement un autre dissident de l’UDPS, Samy Badibanga, investi le 20 décembre et qui a présenté sa démission à la mi-journée. M. Kabila avait annoncé mercredi au Parlement qu’il nommerait un nouveau Premier ministre sous “48 heures”.
La mise en oeuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre a été beaucoup plus longue que ne l’espéraient les évêques catholiques congolais ayant permis son accouchement : la nomination d’un Premier ministre issu de l’opposition aurait en effet dû intervenir dans le courant du mois de janvier, selon le programme d’application de l’accord proposé par les prélats.
– Manifestation d’opposition lundi –
Entre-temps, des disputes en vue du partage des postes au sein du nouvel exécutif et les modalités d’application de l’accord, compliquées par de profondes dissensions au sein du Rassemblement, ont retardé les choses provoquant le courroux de l’Église qui a dénoncé à plusieurs reprises “la mauvaise foi” de la classe politique.
Félix Tshisekedi, qui briguait ouvertement le poste de Premier ministre, n’avait pu être joint vendredi soir pour commenter la décision de M. Kabila, pas plus que Jean-Marc Kabund, le secrétaire-général de l’UDPS, ni son porte-parole.
Ex-allié de M. Kabila s’étant rapproché récemment de M. Tshisekedi, François Muamba a reproché à M. Kabila de s’être “mis en dehors de l’accord” du 31 décembre en choisissant son candidat parmi une branche dissidente de l’opposition qu’il juge inféodée au président.
Selon lui, l’appel à manifester lundi 10 avril lancé par l’UDPS pour exiger l’application rapide de l’accord tient toujours et devrait être “un moment fort pour que le peuple indique son rejet de cette plaisanterie”
Signataire de l’accord de la Saint-Sylvestre, le porte-parole du gouvernement sortant, Lambert Mende, a jugé au contraire que la décision présidentielle respectait “l’esprit et la lettre de l’accord”.
L’accord de la Saint-Sylvestre prévoit une cogestion du pays jusqu’à la tenue d’une présidentielle devant avoir lieu avant la fin de l’année. Après plus de trois mois de tergiversations, la tenue de cette élection dans le délai prévu apparaît hautement incertaine.
État continent au coeur de l’Afrique dévasté par deux guerres entre 1996 et 2003, la RDC n’a connu aucune transition démocratique du pouvoir depuis son indépendance de la Belgique en 1960.
La situation du pays préoccupe fortement les Nations unies, qui déploient au Congo leur plus grosse mission de maintien de la paix au monde, la Monusco. A la crise politique s’ajoute une crise économique, qui dégrade chaque jour un peu plus les conditions de vie d’une population confinée dans la misère, et une crise sécuritaire et humanitaire liée à la déstabilisation de plusieurs provinces par des groupes armés.

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