Posted On septembre 8, 2017 By In Non classifié(e) With 378 Views

Togo: Lomé tourne au ralenti, tensions dans plusieurs quartiers après les manifestations

Lomé, 8 sept 2017 (AFP)

Plusieurs quartiers de la capitale togolaise Lomé restaient barricadés vendredi par la population et des tirs de gaz lacrymogènes ont été observés dans la matinée, après 48 heures de manifestations massives pour des réformes et le départ du président Faure Gnassingbé.
Sur les grands axes de Lomé et dans des quartiers populaires, les commerces sont restés fermés. Des camions de forces de l’ordre ainsi que des gendarmes étaient postés aux carrefours, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Dans le quartier de Bè, où des échauffourées avec la police ont duré toute la nuit selon des habitants, des groupes de jeunes ont dressé des barricades avec des pierres et des pneus brûlés pour bloquer la circulation.
“Nous voulons qu’il parte (le président). Nous resterons là jusqu’à ce qu’il parte. Nous sommes fatigués”, hurlait un jeune posté dans la rue.
Dans la capitale, de nombreux habitants n’osaient pas sortir de chez eux par crainte d’éventuelles violences. “Ca a duré toute la nuit”, confie un homme d’une quarantaine d’années devant sa porte. “Ne nous filmez pas, ne donnez pas notre nom. Ils vont venir pour nous sinon.”
De nombreux tirs de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre ont pu être observés en milieu de matinée, et des colonnes de fumée s’élevaient dans plusieurs endroits de la capitale.
Les réseaux téléphoniques fonctionnaient encore de manière très sporadiques vendredi, et Internet était toujours coupé dans le pays.
Mercredi et jeudi, des Togolais sont sortis massivement pour manifester à Lomé à l’appel d’une coalition de l’opposition (Cap 2015, le Groupe des six et le Parti National Panafricain – PNP, rejoints par plusieurs partis mineurs).
Des manifestations ont également rassemblé des milliers de personnes dans plusieurs villes du nord, dont Sokodé, Bassar, Dapaong et Bafilo, selon Aimé Adi, directeur d’Amnesty International au Togo et des habitants.
A Bafilo, les manifestants ont occupé et bloqué toute circulation jeudi sur la Nationale 1, principal axe reliant Lomé au nord du pays et au Burkina Faso voisin, avant d’être dispersés en début de soirée par tirs de gaz lacrymogène. Le calme était revenu vendredi, selon M. Adi.
Ces rassemblements, d’une ampleur inédite depuis les sanglantes émeutes qui avaient suivi les élections de 2005, selon plusieurs observateurs, ont été notamment rendus possibles par l’alliance de l’opposition, qui a longtemps échoué à parler d’une seule voix.
– ‘Trop tard’ –
Le gouvernement, soucieux d’apaiser la situation, a annoncé un projet de réforme constitutionnelle réclamée depuis plus de dix ans par l’opposition, validé en conseil des ministres la veille des manifestations.
Le Parlement devrait se réunir le 12 septembre en session extraordinaire, afin d’examiner le texte, qui prévoit une limitation à deux mandats présidentiels et un scrutin à deux tours.
Toutefois, le ministre de la Fonction publique, Gilbert Bawara, avait laissé entendre mercredi à l’AFP que la limitation des mandats ne serait pas rétroactive.
“Il n’y a pas de raison législative de le faire (…). Mais nous avons besoin d’un consensus pour que cette réforme soit acceptée”, soit les 4/5e des votes au Parlement, avait-t-il dit.
Le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, le docteur Ibn Chambas, qui se trouve à Lomé depuis jeudi, a rencontré le président Faure Gnassingbé ainsi que le leader de l’opposition, Jean-Pierre Fabre.
M. Chambas a déclaré à la télévision nationale avoir félicité le chef de l’Etat pour sa main tendue, et encouragé l’opposant “à s’investir dans des discussions avec le gouvernement pour faire avancer l’agenda des réformes de manière définitive”.
Depuis deux jours, responsables de l’opposition et manifestants réclament désormais surtout le départ du chef de l’Etat, après 50 ans de main mise de la même famille sur le pouvoir.
“Il est trop tard”, a ainsi déclaré Jean-Pierre Fabre jeudi soir dans la rue, entouré de milliers de partisans.
Le président Faure Gnassingbé a succédé à son père, le général Gnassingbé Eyadéma qui est resté près de 40 ans au pouvoir, à la présidentielle de 2005, avec l’appui de l’armée. De violentes manifestations et une féroce répression s’en étaient suivies.
Il a ensuite été réélu en 2010 et en 2015, lors de scrutins très contestés par l’opposition.

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