Posted On mai 23, 2017 By In Non classifié(e) With 346 Views

Violences au Kasaï: le parquet enquête sur le rôle présumé d’un élu

Kinshasa, 23 mai 2017 (AFP)

Le parquet de la République démocratique du Congo a annoncé mardi qu’il enquêtait sur l’implication présumée d’un député congolais de l’opposition dans les violences qui secouent depuis septembre la région du Kasaï, dans le centre du pays.
Deux experts de l’ONU, l’Américain Michael Sharp et la Suédo-Chilienne Zaida Catalan, missionnés au Kasaï par le secrétaire général des Nations Unies pour enquêter sur ces violences, y avaient été enlevés et assassinés en mars.
Samedi, le quotidien américain New York Times a révélé que Zaida Catalan détenait un enregistrement sonore du député Clément Kanku en conversation téléphonique avec un des présumés auteurs des massacres au Kasaï.
“La nature et les circonstances de cette conversation ne peuvent aucunement laisser indifférent” le parquet, a déclaré Flory Kabange Numbi, procureur général de la République, lors d’une conférence de presse. “Ce lundi 22 mai, j’ai été amené à ouvrir une enquête pour en savoir un peu plus”.
Le procureur a affirmé avoir écrit au président de l’Assemblée nationale “pour nous permettre de conduire des enquêtes indispensables dans cette sinistre affaire”. Mais “il n’est nullement question de chercher à obtenir la levée des immunités” parlementaires à ce niveau de la procédure, a-t-il précisé.
Si les faits reprochés au député Kanku étaient établis, il pourrait être inculpé de “participation à un mouvement insurrectionnel” et assassinat”, a-t-il ajouté.
A la mi-journée, la police a empêché les journalistes d’accéder au restaurant où M. Kanku devait tenir sa conférence de presse, sans donner de raison.
Député de l’opposition, M. Kanku a été ministre du gouvernement congolais du 20 décembre – jour de la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel du président Joseph Kabila – au 9 mai 2017, dans le cadre d’un accord politique signé en octobre entre la majorité et une frange minoritaire de l’opposition.
– “Consterné” –
Dans un communiqué, M. Kanku s’est dit “consterné par ces allégations ” qu’il “réfute totalement”.
“Je suis convaincu que toute la lumière sera faite dans cette affaire et que justice sera rendue aux nombreuses victimes d’exactions abominables dans le Kasaï y compris les deux experts des Nations Unies”, dit-il.
L’enregistrement dont parle le New York Times remonte à début août 2016 et circulait sur internet depuis janvier.
Élu du Kasaï, M. Kanku évoquait notamment l’assassinat d’un colonel et de ses gardes avec un présumé milicien lui rendant compte des actes de violences commis par la milice à Tshimbulu, une localité du Kasaï.
Cette région est secouée depuis septembre par la rébellion de Kamwina Nsapu, chef traditionnel tué le 12 août 2016 lors d’une opération militaire.
Depuis, les violences qui impliquent miliciens, soldats et policiers ont fait plusieurs centaines de morts et causé le déplacement de 1,27 million de personnes.
L’ONU accuse les rebelles Kamwina Nsapu d’enrôler des enfants-soldats et d’avoir commis des atrocités, tout en dénonçant également l’usage disproportionné de la force par l’armée congolaise.
Michael Sharp et Zaida Catalan faisaient partie d’un panel d’experts de l’ONU recherchant des informations sur plus d’une quarantaine de fosses communes découvertes au Kasaï.
Samedi, la justice militaire congolaise avait annoncé l’ouverture prochaine du procès des présumés assassins des deux experts, sans en préciser la date.
Les violences au Kasaï surviennent pendant que la RDC traverse une crise politique à laquelle s’ajoute une crise économique, sécuritaire et humanitaire liée à la déstabilisation de plusieurs provinces par des groupes armés.

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